Des Masques et des Visages
- Résumé de nos rivages

Des Masques et des Visages

Résumé de nos rivages

A Toulouse, le lieu appelé « la Chapelle » résulte d’un don fait par une paroissienne à l’Eglise, à la condition explicite qu’il reste "affecté au culte à perpétuité". L’église n’en ayant plus l’utilité cultuelle, n’avait trouvé d’autre solution, au début des années 80, que de livrer la bâtisse aux intempéries, attendant que le temps par son office la libère de l’obligation morale de n’y faire que la messe.

Las d’attendre, en 1993, l’association diocésaine - propriétaire du lieu - trouve une solution inédite. Elle demande aux collectivités locales de "bénéficier" d’une mesure d’expropriation. Devant le refus de celles-ci, l’éternité n’ayant que trop durée, elle décide enfin de passer outre la volonté testamentaire et de vendre.

Mais voilà catastrophe ! Au cours de l’hiver 93, une association - Planète en Danger - alarmée par l’état de ce lieu, fait la proposition à l’association diocésaine - en attendant le retour des fidèles - de redonner une fonction sociale à la bâtisse. Certes une fonction non cultuelle, mais sur la base d’un projet alliant social et culturel qui aura pour conséquence de sauver l’édifice.

Trop tard ! La décision de vendre a été prise. Ne pouvant se résoudre à voir disparaître au profit de la promotion immobilière un lieu chargé de sens et d’histoire, Planète en Danger décide - non sans s’en expliquer et en parfaite conscience des conséquences - d’occuper l’endroit le 04 juillet 1993 et d’y réaliser son projet.

Ils invitent l’évêque de l’époque Monseigneur Collini et M. Audhuy - directeur du temporel - a assister au vernissage du premier évènement public organisé dans l’esprit qui les anime. « Une Chapelle, Un Poète », hommage au poète Jiri Volf mort en ce lieu en février 93. Ils ne doutent pas qu’ils trouveront une oreille attentive auprès de ces gens d’église qu’ils pensent sensible au regard du caractère totalement désintéressé de l’entreprise et à la valeur du travail réalisé.

Deux Visages, Deux Figures.

Ils ne s’étaient pas totalement trompés. Monseigneur Collini sensible à leur démarche leur fait part de sa volonté de légaliser la situation. Monsieur Audhuy quant à lui, leur fait le même jour un procès qui interdit l’exposition et condamne les occupants à l’expulsion par la force. L’autorité spirituelle faisant fi des contingences matérielles de l’association diocésaine, le conflit s’apaise vite. Le dialogue s’instaure. Après un gel des activités publiques et l’évacuation de l’autel ainsi que des statues vers d’autres chapelles, le projet s’emballe et déborde les murs de la Chapelle. La "Ville Habitée", projet ambitieux qui réunira plusieurs associations de tous horizons, occupera de longs mois Planète en Danger entre septembre 94 et juin 95. La "Ville Habitée" laissera des traces indélébiles dans cette ville et des rancœurs aussi dans la classe politique.

Ce sont les réflexions et les leçons de la "Ville Habitée" qui confrontées aux contraintes et limites de la Chapelle mèneront à la création de l’Atelier Idéal, une nouvelle association spécifique à la gestion du lieu et des projets qui s’y succèdent. Lieu de paroles, de rencontres, de débats, de dons et de contre-dons, bref de recherche commune d’un autre sens à la vie que le profit, cet Atelier Idéal, nous le voulons ouvert à tous ceux qui ne cherchent pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. Nous y agissons animés de notre seule certitude qu’un monde juste, fraternel et pacifié, se construit au jour le jour avec des hommes libres, conscients, c’est-à-dire habités de culture, de poésie, d’histoire et de révolte.

Les années passent. 1997, Monseigneur Marcus succède à Monseigneur Collini.

L’Eglise modifie sensiblement sa "bienveillance" à notre endroit.
Elle a décidé - à nouveau - de vendre ce terrain. Déterminée à aller au bout son projet, elle se garde bien de nous en informer.
Pour ne pas choquer les consciences, c’est une association caritative très chrétienne, Habitat et Humanisme, qui est chargée de porter l’attaque.

Pendant de longs mois et dans le secret le plus absolu, une stratégie concertée se met en place alliant l’Archevêché et des personnalités influentes au sein de la Mairie de Toulouse (dont Mme De Veyrinas). De solides soutiens au sein de plusieurs institutions en particulier la Communauté d’Agglomération du Grand Toulouse et le Conseil Général assurent la cohérence de l’ensemble.

Le but : en finir une fois pour toutes avec cette utopie, cet atelier idéal, et la « nébuleuse » qui y gravite.

Le projet initial, finalisé entre février et décembre 2006, est de ce point de vue totalement explicite. A cette époque, il s’agit de raser la chapelle, construire une maison-relais d’une vingtaine de logements ainsi que 200 m² de bureaux pour l’association H&H Midi-Pyrénées.
Mais voilà, il y aura des fuites !
C’est la peur du scandale, notre capacité à dire, et la mobilisation de quelques-uns, qui contraindra H&H à modifier son projet et à annoncer qu’il ne s’agit plus, aujourd’hui (février 2007), ni de raser la chapelle, ni de mettre fin à notre expérience. Il s’agit simplement de trouver une façon de cohabiter avec le nouveau projet d’H&H qui envisage de construire une dizaine de logements sociaux dans le jardin.
Malheureusement pour eux, ce jardin - que nous utilisons - est classé en espace vert depuis le changement en février 2006 du P.O.S. en P.L.U.
H&H s’expose aujourd’hui au mécontentement des habitants du quartier. Quoiqu’il en soit, nous ne sommes pas inquiets pour eux. Comme ils nous l’ont montré, les règles administratives sauront, demain, se plier à leurs intérêts.
Si le projet a changé d’ampleur, son objectif reste le même : permettre à l’archevêché la vente d’un terrain invendable. Quant à savoir qui à terme en deviendra propriétaire, un promoteur lambda à qui H&H revendra le lot, réalisant ainsi une formidable plus-value ? La Mairie de Toulouse ? La Communauté d’Agglomération ? Le Conseil Général ? Peu nous importe.
La question pour l’Archevêché et ses amis reste de vendre. Elle est surtout, pour un certain milieu social et politique, de mettre un terme à notre expérience.

Ce lieu, nous l’avons toujours dit, nous n’en avons pas besoin pour nous-mêmes. Nous n’avons rien à perdre ni rien à gagner. Nous n’avons qu’un intérêt, qu’un désir, celui de vivre dans une société d’hommes et de femmes libres et conscients, c’est-à-dire habités de culture, de poésie, d’histoire et de révolte. Qu’elle que soit l’issue de cette aventure, notre victoire est déjà dans notre action pour que tombent les masques.

Parce qu’il est impossible en quelques lignes de tout dire,
Parce que pour nous, les moyens contiennent déjà la fin,
Nous avons choisi de tout vous dire, de tout vous livrer, afin qu’au-delà de l’apparent problème de ces quelques mètres carrés, vous puissiez par vous-même voir les visages et les figures de visions du monde qui s’affrontent.
D’où ce dossier qui évoluera sans doute !