La Ville Habitée
Contexte, conséquences, résonances

En juillet 1993, lorsque Planète en Danger investit la Chapelle, elle propose, à d’autres associations ou groupes, cogestion et cohabitation sur le lieu.
Malheureusement, très vite, les exigences de ces groupes aboutissent à l’inévitable perspective d’un cloisonnement de l’unique salle d’importance.
Les activités et les contraintes des uns et des autres se heurtent au désir impératif de conserver un espace polyvalent qui puisse accueillir des réunions, des débats mais aussi des spectacles divers.
Le lieu, très vite, impose aussi ses contraintes : nuisances sonores vis-à-vis du voisinage, qualités acoustiques particulières, le froid l’hiver, les difficultés de mise en lumière, etc.
Tout cela pose la question des limites, ce qu’il possible et impossible de faire dans ce lieu, sauf à être irresponsable.
Au final, un constat s’impose : sans un soin et une attention particulière, le lieu ne peut accueillir des groupes et des activités simultanés. Des règles et des priorités se dégagent (respect du voisinage, sécurité, aménagement, travaux, ...).
La question de l’unique logement, elle aussi, pose les limites entre vie privée et fréquentation du public.

Au printemps 94, plusieurs membres d’associations utilisatrices du lieu découvrent la vacance de l’ancienne faculté de pharmacie. Des dizaines de salles, grandes et petites, des appartements, un ensemble de bâtiments avec cour intérieure : un idéal pour un projet collectif.

Planète en Danger qui depuis des années mène une réflexion sur la ville et l’urbanisme, initie l’idée d’un projet inter-associatif autour de quatre axes :

1/ l’art et la culture,

2/ la parole,

3/ le milieu associatif,

4/ le logement et l’urbanisme.

Il s’agit de dénoncer et surtout d’expérimenter la place et la qualité que peuvent révéler ces axes lorsqu’ils sont portés et vécus par le désir de chacun, lorsqu’ils s’affranchissent des critères marchands.
La "Ville Habitée" se veut une expérience vers une ville à vivre et non à consommer !

L’originalité de ce projet, ouvert à l’ensemble du milieu associatif, artistique et culturel de la ville, est d’offrir cet espace énorme aux envies et potentialités de chacun, à partir d’une ligne philosophique et politique préalablement définie et portée par quatre associations représentatives des quatre axes.

Ces associations (Planète en Danger, Ras l’front, Lucette Omnibus, DAL 31), entourées par d’autres, s’étaient engagées à concevoir et accompagner l’aventure pour une durée réduite à deux mois à partir du jour J où il ne s’agit plus de réfléchir mais de faire. Elles devaient se retirer à l’issue de cette période ou du moins renoncer à leur rôle de porteur de projet.

Entre l’idée de départ et la réalité, beaucoup d’eau passera sous les ponts. Plusieurs dizaines d’associations et des milliers de personnes vivront l’aventure qui, dans sa phase concrète (occupation de l’hôtel St Jean), durera moins de vingt quatre heures. En effet, la réaction des autorités, en termes de violence, de célérité et de moyens mis en œuvre, sera à la hauteur de la menace.

Planète en Danger sortira meurtrie de l’aventure !
Souvent incomprise par un milieu artistique peu politisé, elle se bat en outre contre la récupération politique par la L.C.R. (Ligue Communiste Révolutionnaire) qui, via le DAL et Ras l’front, détourne et polarise la globalité de l’action sur ce qui n’est qu’une partie de l’un des quatre axes, le logement.
Concrètement cette récupération aboutira à la création d’une liste aux élections municipales de 1995 : la Ville en Mouvement. Les affiches qu’ils colleront reprendront comme visuel la porte symbolique de l’hôtel St Jean.
Ecœurée, se sentant trahie, utilisée, Planète en danger, poussée par quelques associations survivantes, réinvestira symboliquement l’hôtel St Jean sur une posture clairement esthétique : « La mariée orpheline de ses célibataires » (à vérifier). Si tous ou presque des groupes ou associations du collectif "Ville Habitée" se tiennent informés de l’affaire, personne n’embraye (mal dit), la Ville Habitée est morte !

Toutefois la somme des réflexions, leçons et rencontres fécondera la ville de projets et de mélanges qui nous parlent encore à ce jour.

Planète en Danger mettra cette aventure à profit et se remettra au travail, pour interroger et redéfinir son projet autour de la Chapelle.

L’Atelier Idéal est né !


Bilan de Planète en Danger sur le projet "LA VILLE HABITEE"