Peindre... ou dépeindre, un humanisme de façade
Communiqué du 2 mars 2007

Peindre... ou dépeindre, un humanisme de façade

( communiqué téléchargeable au format PDF )


Le vendredi 2 mars 2006 à 16h30, l’Atelier Idéal, Planète en Danger et La Relâche associations qui gèrent et animent les activités du lieu d’expérimentation sociétale, politique et artistique dit « La Chapelle » repeindront, dans les règles de l’art et à leurs frais, les locaux d’une autre association, Habitat et Humanisme Midi-Pyrénées, pour remercier celle-ci d’avoir renoncé à son projet de construire 200 m² de bureaux en lieu et place de la Chapelle qu’ils s’apprêtaient à raser.

► une maison relais... des bureaux ?

Nous rappelons à l’opinion publique que le projet initial d’Habitat & Humanisme Midi Pyrénées, élaboré dans le plus grand secret, consistait à construire, en lieu et place de la Chapelle Danielle Casanova, non seulement une Maison-Relais d’une vingtaine d’appartements mais aussi 200 m² de bureaux pour les activités de l’association.

Nous rappelons à l’opinion publique les propos et le ton guerrier de M. De Pradier d’Agrain, président d’Habitat & Humanisme Midi Pyrénées dans la Dépêche du Midi du 17 novembre 2006 « Désacralisée ou pas, peu importe ! La chapelle on s’en fout : elle n’est pas aux normes et nous n’aurons aucun état d’âme à passer le bulldozer » et dans Sud-Ouest du 3 décembre 2006 « quant aux squatteurs soit nous nous entendons avec eux, soit ils se cramponnent pour rester et là, nous irons au clash, à la guerre ».

► l’Archevêché...

Nous rappelons à l’opinion publique que cette Chapelle a été donnée à l’Archevêché de Toulouse sous couvert d’une clause testamentaire l’affectant au culte à perpétuité et empêchant le don, la vente ou la location du lieu.

Nous rappelons à l’opinion publique que la Chapelle serait aujourd’hui propriété de la collectivité si entre 1905 et 1927 l’Eglise n’avait mis en place un montage juridique, via une société écran, afin de la soustraire à la collectivité.

Nous rappelons à l’opinion publique que l’Archevêché a longtemps cherché à être exproprié de ce terrain et qu’il a laissé la chapelle se dégrader pendant des années, espérant sans doute se libérer de la clause testamentaire en attendant l’effondrement naturel de la toiture.

Nous rappelons à l’opinion publique que l’Archevêché venait de prendre en 1993 la décision de vendre le terrain et qu’une opération immobilière aurait déjà eu raison de la chapelle si Planète en Danger n’avait pas décidé d’occuper le lieu.

► l’Opus Dei ?

Comment interpréter que Monseigneur Marcus, archevêque de Toulouse jusqu’en 2006, ait réalisé une messe posthume remarquée en l’honneur de José Maria Escriva Balaguer, fondateur de l’Opus Dei ?

Comment interpréter que Le Canard Enchaîné ait écrit que Madame de Veyrinas avait des liens avec l’Opus Dei ?

Comment interpréter que le projet de maison relais / bureaux ait été initialement confié à un cabinet d’architecte proche de l’Opus Dei et familier des changements opportuns de POS à la Mairie de Toulouse ?

► la mairie...

Nous rappelons à l’opinion publique le rôle de la mairie de Toulouse dans cette affaire qui a abusé de son pouvoir pour délivrer, trois jours avant le passage du P.O.S. au P.L.U., un Certificat d’Urbanisme permettant à Habitat et Humanisme de construire sur le jardin de la Chapelle, bafouant ainsi le combat du comité de quartier pour classer le jardin en espace vert.

Nous rappelons à l’opinion publique les propos de Mme de Veyrinas, cette ancienne secrétaire d’état sous le gouvernement Juppé et maire adjointe chargée des relations sociales, qui a demandé à nos frères, les Enfants de don Quichotte, de l’aider à nous déloger. En clair elle a demandé à des pauvres d’expulser d’autres pauvres sous le prétexte qu’ils ne réalisent que « simplement des activités culturelles » en un lieu qui pourrait accueillir prochainement une Maison Relais.

Nous disons à l’opinion publique que la mairie de Toulouse trouve là un moyen de poursuivre son ignominieuse politique de nettoyage du centre ville de toute pensée et de toute expérience non-conforme.

► Habitat & Humanisme... de façade

Nous disons au propriétaire de ce lieu qu’il n’est pas moral ni normal qu’ils aient pris la décision de vendre cette parcelle sans même prendre le soin d’en informer Planète en Danger, l’Atelier Idéal, l’Amap Casanova et la Relâche, associations qui agissent en ce lieu depuis bientôt 14 ans avec la volonté qu’existe dans cette ville un espace de liberté, de création et de rencontre, ouvert à tous ceux qui ne cherchent pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience.

Nous disons qu’en devenant propriétaire Habitat & Humanisme espère réaliser un juteux placement financier : l’Eglise s’apprête en effet à lui vendre cette parcelle « cinq à six fois en dessous du prix du marché », dixit l’Archevêché.

Nous disons notre colère et notre écoeurement de voir Habitat & Humanisme Midi Pyrénées utiliser, en toute conscience, son image de moralité pour éviter à la Mairie et à l’Archevêché de Toulouse que le scandale de cette opération et les calculs qui les guident n’éclatent au grand jour.

Nous disons qu’il est contraire à la morale d’utiliser la crédulité, les bons sentiments, les dons, les placements d’épargnants et le temps de nombreux bénévoles pour les mettre au service d’une stratégie et d’une idéologie qui ne dit pas son nom.

Nous disons que l’idéologie d’Habitat & Humanisme est un apolitisme de façade qui ne consiste ni plus ni moins qu’à moraliser le profit.

Nous disons que la démarche d’Habitat & Humanisme est une démarche soumise et mortifère résultat de l’idéologie dominante qui prétend organiser aujourd’hui l’économie mondiale et soumettre toute activité humaine au dictat de l’économie. « Remplacer l’argent facile par l’argent fertile » tel est le but d’Habitat & Humanisme comme le dit son fondateur, Bernard Devert. « L’Originalité d’Habitat & Humanisme est l’utilisation des mécanismes financiers et juridiques liés à l’épargne solidaire » et si le terme chrétien figure en si bonne place dans les statuts de cette association, c’est sans doute parce que « c’est à ce prix là qu’on a le pognon » comme aurait pu le dire Bernard Devert, agacé par les velléités laïques de certains bénévoles.

L’abbé Pierre n’est plus qu’un vieux fantôme pittoresque. La tête dans les sphères divines mais les deux pieds sur la terre, Bernard Devert est beaucoup plus rassurant et discret. Homme sérieux et responsable, lucide et moderne, il sait faire travailler l’argent, ouvre la voix à un nouveau capitalisme catholique et remet l’Eglise aux affaires. Enfin libérée de son complexe face au profit, la morale chrétienne par la voix de Bernard Devert nous enseigne que le libéralisme est le seul réalisme.

« Le 21ème siècle sera religieux ou ne sera pas » disait Malraux... Bernard Devert en apporte la preuve. A moins que, réellement sincère, cet ancien promoteur immobilier devenu prêtre ne soit plus aujourd’hui, au sein d’Habitat & Humanisme, qu’une caution morale.

Les marchands du temple seraient-ils derrière les ordinateurs du 4 rue du Sachet ? Qui sont les dirigeants d’Habitat & Humanisme ? Banquiers, chefs d’entreprises, cadres supérieurs, notables et grands bourgeois. Fait suffisamment rare dans le milieu associatif pour être souligné, lorsqu’Habitat & Humanisme Midi Pyrénées se crée à Toulouse, c’est une majorité de noms à particules qui en constitue le conseil d’administration et dans ce petit milieu qui se fréquente et se connaît on se rend bien sûr des services entre amis ou gens de bonne famille.

C’est à cause de notre capacité à dire et par peur du scandale, qu’Habitat & Humanisme a retiré son projet de 200 m² de bureaux qu’ils envisageaient bien sûr de financer avec... les dons et bénéfices de l’épargne solidaire.

Nous ne sommes pas contre le fait qu’Habitat & Humanisme nous aide dans la poursuite de notre expérience à la Chapelle ; ils ont d’autres moyens que les nôtres (avec un capital estimé à 51 millions d’euros pour la partie foncière d’Habitat & Humanisme). Mais nous ne leur ferons pas la charité, nous n’en avons pas les moyens. Nous ne souhaitons jamais être la main qui donne face à la main qui se tend.

L’économie du don, la nôtre, c’est l’échange entre égaux.
Alors, pour remercier, interpeller et encourager les bonnes volontés et les honnêtes gens qui travaillent au sein d’Habitat & Humanisme, nous avons décidé de repeindre à nos frais leurs locaux, au numéro 4 de la rue du Sachet à Toulouse.
Nous leur souhaitons à tous bonne chance dans leur désir de soulager la misère de ce monde et quant à nous, nous ferons en sorte de ne jamais en fabriquer.
Et si demain nous pouvons les aider nous le ferons, à la condition que leurs dirigeants choisissent de parler vrai et d’avancer à visage découvert.
Nous leur souhaitons à tous que cessent les pratiques et les méthodes bien peu chrétiennes de leurs dirigeants associatifs.

Communiqué de presse - Atelier Idéal - 2 mars 2006


Les peintres de l’Atelier Idéal en action (photo La Depêche du Midi)

Retrouver le reportage télévisuel réalisé par TV Bruits sur cette action :

http://www.tv-bruits.abri.org