Pérennisons LA CHAPELLE !


Lieu d’expérimentation
sociale, politique et culturelle
36 rue Casanova, Toulouse
Tel : 05.61.12.37.55
contact (at) atelierideal.lautre.net
Liste de diffusion
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Jiri Volf

_ J’ai demandé à un squatter en tête à tête
_ "Où tu squattes ?"
_ J’ai répondu : Dans une église à l’abandon
_ Point. C’est tout
_ Accents circonflexes
_ Ne sont plus de cours
 
Jiri Volf
 

 
Le calme et la tranquillité de l’église, c’est l’atelier idéal.
_ Non, le ciel des idées.
 
Jiri Volf
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Témoignage sur Jiri Volf

Le Radeau de la Méduse

L’angoissante tâche que de parler d’un qui est mort et qui fut de notre jeunesse – là-bas – entre les ais vernis d’un cercueil englouti à même la fosse – où êtes-vous Jiri Volf – ombre irrémédiable de l’ultime Thulée cathare – vous le devancier – j’ose espérer comme une nef gigantesque qui s’envolerait – le vaisseau qui part pour d’autres missions – que cet arpentage dérélictoire du macadam terrestre – j’ose espérer autre chose pour toi – entre ces quatre planches – Jiri – que la même solitude qui t’accompagna.

Toi Jiri Volf – le loup solitaire – loin de la horde – toi Jiri Volf – le slave énigmatique – ton premier départ fut ton seul exil – tu avais 19 ou 20 ans – quelle est la force qui t’arracha de Tchécoslovaquie pour t’emmener à Paris dans les galeries du Louvre – sans doute fuyais-tu le temps platement historique des hommes – poëte – tu partis pour te mesurer à l’idéale beauté des maîtres – et pendant que tu arpentais l’éternité diaprée des pinacothèques l’histoire avançait ses brodequins d’acier dans les rues de Prague.

Tu décidas de rester en France – désormais tu te devais de jouer le rôle du réfugié politique venu de l’Est – toi Jiri ! La critique sociale n’était pas ton fort – je ne t’ai jamais entendu te prononcer contre le communisme – ni contre le capitalisme (qui pourtant te réduisit à mourir de froid dans un square de ville rose) – non Jiri – tu préférais disserter des heures durant sur l’étymologie du mot statue, ou de la peinture de la Renaissance – discours hautement subversifs – faut-il croire – puisque l’on te supprima les quelques heures de cours dont tu vais été chargé çà l’Université Toulouse-Le-Mirail.

Je parlerai de ta dérive Jiri, ces sucres que tu récupérais sur les terrasses du Capitole, ces nuits folles dans les tavernes les plus exotiques de la ville, les rixes – car la misère ne t’a jamais anéanti – au temps des pires détresses tu restas guerrier – et tu n’hésitais pas à te battre contre les cul-terreux de la pensée qui souillent de leur présence excrémentielle les banquettes des cafés – et ton humour Jiri – à serrer le cœur : « lorsque je me suis réveillé dans l’ambulance et que l’infirmer m’a dit que je venais d’avoir une crise d’épilepsie en pleine rue, j’ai souri car j’ai pensé qu’à l’hôpital on allait me servir un petit déjeuner. »

Il faut croire, Jiri, que les aubaines se sont faites rares ces dernières années – je sais Jiri – qu’il y avait longtemps que tu étais un renonçant – que tu étais au-delà de tout cela – mais la faim, Jiri, la faim dans les entrailles – le froid – le manque de sommeil Jiri, tu sais dans notre France de civilisation chrétienne, lorsqu’une figure du Christ apparaît, les adeptes du Sauveur en sont jamais là pour le reconnaître, maintenant Jiri il est trop tard pour els regrets – j’aimerais parler de ces lettres de ta sœur que tu recevais, de ce recueil de poèmes Retour édité par Serge Pey, de notre dernière rencontre il y a six ans de cela avec Luc-Olivier D’Algange et Philippe Giraud à parler de Pham Cong Thien, de poésie, d’édition… mais je réentends le premier poème écrit en français que tu nous avais lu dix ans auparavant – c’était un homme – l’ancien capitaine de la frégate La Méduse, tristement célèbre par son radeau, qui marchait solitaire – incompris – sous les jets de pierres que lui lançaient les enfants de son village natal.

André Murcie – 26/06/1993