Je me souviens ...
... mars 2013 : les premiers morceaux d’histoire !

La Chapelle a 20 ans


Pour accompagner votre lecture...

Je me souviens... JeHaN chantant "la quête" lors de la lecture intégrale de Don Quichotte

Wild Horses chantée par Erick Ancenis
enregistrée à la Chapelle lors de Don Quichotte, mai 2005

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Je me souviens d’un bâtiment vide et mystérieux, avec des bouteilles étoilées suspendues, souvenir et hommage au poète mort, qui hantait encore les lieux et que rejoindra bien plus tard un autre illuminé, du nom de Don Quichotte, qui viendra à son tour envahir l’espace à travers la voix de lecteurs exaltés...

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Je me souviens juste de ce qui, je crois (dans mon souvenir) était la première installation de "la Chapelle" qui se trouvait rue Honoré Serres à l’emplacement de l’ancien Lycée Professionnel H. BOUCHER. Nous avions été en soutien au squat qui s’était installé dans les locaux, à la fin de la traditionnelle manifestation du 1er mai 93 ou 94 : un premier mai frileux cette année là mais chaleureux d’une certaine convivialité et solidarité. Il me semble qu’il était question déjà, à l’époque, de SDF et de réquisition de locaux vacants !
Ensuite l’association a déménagé à la Chapelle de la rue Casanova. La résistance s’est organisée, intensifiée, structurée !
Longue vie à la Chapelle et à ses occupants !



Je me souviens du mariage organisé par Lucette Omnibus . Habillée de papier aluminium et de cellophane j’avais épousé un poisson rouge dans son bocal. Dans la soirée mon mari m ‘avait quittée pour un enfant ravi de l’accueillir chez lui. Depuis… je suis devenue la maman des poissons.

Je me souviens de La Ville habitée. De ce projet collectif magnifiquement jeune mêlant social et culturel ouvert tambour battant. Fermé au petit matin à grand renfort d’autres jeunes en uniforme. Face à face dans la rue nous avions le même âge, pas les mêmes rêves. Je me souviens surtout de cette trahison qui changea pour toujours ma façon de militer et d’écouter les informations. Maintenant dans cet hôtel particulier réside la Drac de Midi-Pyrénées...



Je me souviens qu’en 1999, je venais d’arriver sur Toulouse pour mes études, un étudiant passionnant et passionné par le théâtre eut l’idée folle de réunir une vingtaine de personne pour un atelier amateur. L’aventure fût incroyable et nous voilà jouant Le Roi Lear de William Shakespeare avec des masques sur le visage et les pieds dans le sable. Merci à tous pour tous ces souvenirs artistiques et humains si chaleureux.


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Je me souviens de neuf années de ma vie.

Je me souviens de visages, chéris ou haïs. De costumes en cocon, noirs ou de papier. De propos blessants, blessés, drôles ou avinés. De regards vieux et de jeunes à l’abandon.

Je me souviens d’une Utopie. Et la voix du grand large toujours m’appelle à l’exploration d’autres îles.


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Je me souviens qu’il n’est pas nécessaire de savoir pour faire mais que faire permet de savoir.

Je me souviens d’un poivrot qui éructait ses poèmes gorgés de postillons à la face des gens.

Je me souviens d’un poivrot qui tira des larmes à la Chapelle pleine, sur un vieux blues.

Je me souviens de chevaux sauvages, d’enfant huitre, d’un cher militaire, de miettes de pain, d’oiseaux et de dromadaires.

Je me souviens des hypomées.

Je me souviens du Moloch.

Je me souviens de mes larmes quand Serge Pey m’a raconté la mer.

Je me souviens que Serge Pey m’a conté mon grand-père quand il m’a conté la mer.

Je me souviens de Jean-Luc Moudenc, maire désigné par son prédécesseur.

Je me souviens du meurtre d’un copain qui fit les gros titres de la presse locale.

Je me souviens d’un maire désigné qui désigna à son tour les coupables du meurtre d’un copain qui fit les gros titres de la presse locale.

Je me souviens d’un maire désigné qui décréta que les clochards étaient les coupables du meurtre d’un copain.

Je me souviens qu’un arrêté municipal allait permettre de lutter contre la mendicité agressive.

Je me rappelle que cet arrêté municipal redéfinissait les missions de la police municipale, plaçant la lutte contre la mendicité agressive comme l’une de ses nouvelles priorités.

Je me souviens que la police municipale faisait la chasse aux clochards sur un large périmètre autour du centre ville.

Je me souviens que la Chapelle a accueilli le collectif de SDF qui revendiquait le droit d’être dans la ville.

Je me souviens que certaines personnes, à la Relâche, prenaient leur seul repas de la journée.

Je me souviens du message de Philippe Noiret sur le répondeur de la Chapelle, s’excusant de ne pas pouvoir participer à Don Quichotte et nous souhaitant bonne chance.

Je me rappelle que la Dépêche titrait lors de l’évacuation du Clandé : « 300 SDF sur le boulevard ».

Je me souviens que les personnes présentes dans la Chapelle lors de l’explosion d’AZF l’ont sentie bouger.

Je me souviens des danseuses de Vendaval, dans leurs robes blanches, de leur grâce dans l’âpreté de la Chapelle.

Je me souviens de Richard Desjardins et de sa générosité en présentant son film L’Erreur boréale, animant le débat et faisant un petit concert pour happy few juste après.

Je me souviens qu’après AZF, la Chapelle fut très demandée par des compagnies de théâtre, des groupes de musique.

Je me souviens avoir joué une quinzaine de fois à la Chapelle, concerts ou autres, dans 6 ou 7 configurations différentes.

Je me souviens que nous écoutions en boucle Mano Charlemagne, chanteur engagé haïtien.

Je me souviens d’un concert de Moonlight, reprenant les chansons de Mano Charlemagne. Elle ressemblait à une prêtresse du vaudou.

Je me souviens que pendant un concert de Moonlight, reprenant du Mano Charlemagne, un des gros spots de la Chapelle, qui ne fonctionnait plus depuis longtemps, s’est allumé sans que quiconque comprenne comment ni pourquoi.


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Je me souviens d’un concert du groupe les Acharnés en 2005 où mon fils Vincent chantait avec deux autres. Le Groupe était aussi composés de ses copains du lycée Saint Sernin, Pablo à la basse et Jéremie Yakoubson, le leader, compositeur et guitariste. Je ne me rappelle plus le nom du batteur. Mais ils méritaient bordel. Ils avaient une bande de groupi(e)s fantastique, dont Loïc Prau, le travailleur de la nuit.


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Je me souviens d’un bortsch bien chaud servi sur fond de clarinette ! C’était Artichaut Klezmer Trio, c’était la première fois que je venais à La Chapelle, c’était beau, c’était chouette !


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Je me souviens avoir été voisin de la Chapelle, que j’ai envié ses résidents, que j’ai pu être jaloux de leur jardin, que j’aurais pu trouver les invasions du public dérangeantes pour le quartier, que j’aurais pu maudire l’inaction des pouvoirs publics à faire respecter le droit à de propriété. J’aurais pu, mais je suis entré à la Chapelle et suis devenu complice du plaisir à partager ce lieu.


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Je me souviens d’avoir regardé Brazil à la Chapelle le soir de l’élection de Nicolas Sarkozy. A la fin de film, alors qui nous nous dirigions vers la place du Capitole pour affirmer notre déception, des hélicos survolaient Toulouse et des CRS sillonnaient la ville... Drôle de contraste avec l’atmosphère de la Chapelle.



Je me souviens que l’artiste qui a peint les fresques du porche de la Chapelle s’appelait Nicolas Primat.

Je me souviens du petit vin blanc que nous avait servi Stéphane, le gardien à l’époque. Nicolas Primat n’était pas venu à la Chapelle depuis une quinzaine d’années et je me demande par quel miracle son drôle d’ange en érection et son cheval ailé sont restés là, sous le porche, alors que tout le reste a disparu. Ils avaient peint la Chapelle intégralement, comme au temps où les cathédrales étaient peintes. C’étaient au tout début de l’Atelier Idéal, pour la première fête. Je ne sais pas si l’ange plane ou chute, s’il fait les deux à la fois ou alternativement. Nicolas s’est jeté du neuvième étage le 28 février 2009. Quelque chose est resté suspendu dans sa chute, juste avant l’impact. Je le traverse ici à chaque fois.



Je me souviens de Jiri Volf, trouvé mort, dans La Chapelle, son dernier lieu.

Je me souviens de « Yéji », Jiri Volf, jeune exilé tchèque exalté : nostalgie,amour . Poèmes. Puis de l’errant, imbibé d’alcool : le Christ-passion, la mort , la dérision nue crue. Poèmes.

Je me souviens de ce soir, tous ces -chaque- uns, si différents, mosaïque insolite, à l’ unisson du souvenir , à La Chapelle : amas de bouteilles vides, bribes de mémoire, dessins-fantasmes, mots-cris . Poète.



Je me souviens des lumières teintées de rouge et de pénombre, de la rumeur de la foule chantante, des visages de tout âges et horizons, de leurs yeux pétillants pendant que les rires mangent leurs mines. Et de mon propre sourire qui se dessinait en pensant à la suave ironie de cet idéal libertaire prenant place dans un lieu de culte. 

Je me souviens avoir accompagné mon voisin du dessus pour manifester contre l’expulsion du clandé où j’allais de temps en temps et que j’aimais bien. Mes souvenirs sont extrêmement flous par rapport à cette époque mais je souviens avoir marché avec des gens que je ne connaissais pas trop, et d’autres que je connaissais plus. Je me rappelle surtout de l’arrivée devant ce bâtiment. C’était la toute première fois que je voyais la Chapelle alors que je vivais dans le quartier depuis de nombreuses années. C’était beau et imposant et à la fois humble, cette petite chapelle. Les gens du Clandé et quelques autres devaient parler de choses importantes. Cette fois, je ne suis pas rentré, je ne voulais pas déranger. Je suis revenu d’autres fois pour la Relâche, écouter de la musique, des éditos, des slams, de la poésie, rencontrer des amis, boire un verre, manger un bout. Des années plus tard, bien plus tard, j’ai eu l’opportunité de faire un documentaire avec la Chapelle. Et de découvrir encore plus ce lieu important, et les gens qui le font vivre. 

Je me souviens des canapés, des chauffages à pétrole, du vin, pain, sauciflard et camembert partagés. De la joie simple de rencontrer de nouvelles personnes autour d’un apéro dinatoire.

Je me souviens avoir cherché où c’est qu’on mettait les couverts dans la cuisine après avoir fait un peu de vaisselle.

Je me souviens de grandes marionnettes dans le jardin en train d’être construites et réparées dans le petit établi au fond à droite quand t’es en face de l’entrée de la Chapelle.

Je me souviens du goût d’une super bonne soupe bio à base de carottes et pommes de terre. Même pas besoin de sel... 



Je me souviens de cette soirée où ma mère m’a emmenée avec Nadj dans ce lieu. Déambuler dans les couloirs Pasoliniens et admirer ces belles danseuses forcément italienne. C’est un souvenir vague mais beau !

Je me souviens que William m’a emmené ou que j’ai emmené William voir Ferré à la Chapelle. Je ne sais plus très bien. Je me souviens de nos émotions. Je me souviens d’Eric Lareine et les guitares électriques... Je me souviens du fils de Ferré.

Je me souviens des Faux Bijoux avec mon copain de lycée qui remplaçait Nicolas.

Je me souviens de l’AMAP au début. Je tentais naïvement l’aventure pour six mois. Si on m’avait dit …

Je me souviens de Seb et sa poche en plastique en guise de sacoche.

Je me souviens de cet emmerdeur que je fuyais. Tout le monde le disait insupportable avec les femmes.

Je me souviens cet emmerdeur poivrot. Je le fuyais. Il paraît que c’était un beau danseur.Un soir de noël il a préparé une belle pâtisserie.

Je me souviens cet emmerdeur. Un poivrot. Je le fuyais. Il m’a souvent chuchoté de doux poèmes à l’oreille.

Je me souviens cet emmerdeur. Un poivrot. Je le fuyais.Il s’installait souvent à côté de moi, l’été dans le jardin.

Je me souviens cet emmerdeur. Un poivrot. Je le fuyais.Je m’installais souvent à côté de lui, l’été dans le jardin. La lumière était douce.
Je me souviens d’Eric.

Je me souviens des débuts de la Relâche. J’aimais ce lieu de rencontres, on apprenait à se connaître. J’aimais ce mélange des genres, j’aimais ce lieu paisible, aéré. On bricolait de bons petits plats. On servait des bières. Lerouge avait toujours de chouettes idées pour les Relâches.

Je me souviens la soirée slow animée par Goulesque. Qu’est ce que l’on a ri.

Je me souviens d’ « Ice Tea man ». Il m’a toujours fatigué.

Je me souviens cette phrase : « le bar est rouvert !!! ». Je me souviens surtout de la tête des copains.

Je me souviens de Suzy dans le jardin. Son étal était aussi lumineux que le jardin.

Je me souviens d’Hoepffner, installé au fond du jardin, feuilletant ses livres de bricolages. L’aventure commençait le lendemain.

Je me souviens d’Habitat et Humanisme. Certains rentraient de Paris. Marc racontait comment Lucu était monté sur une scène, comment il avait crié et comment il s’était fait sortir manu militari. J’ai compris pourquoi on disait Lucu le basque... On était tous dans la petite maison. On a beaucoup ri ce soir là.

Je me souviens la première fois où j’ai vu le fameux Mas. C’était devant Habitat et Humanisme. Il était en costume de peintre avec d’autres. Ils ont repeint la cage d’escalier. Je me tenais à l’écart, dehors, scotchée que l’on puisse oser faire ça !

Je me souviens de Gargantua . Faire des toasts de chèvre avec ma nouvelle copine Mathilde. Il en fallait pour 150 personnes. Yann est passé par là. Il a râlé.

Je me souviens du culot de Yann, osant demander à Nilda Fernandez de venir clôturer Don Quichotte. Je trouvais ça complètement fou.Le plus fou c’est quand j’ai vu ce petit bonhomme installé dans le jardin. Incroyable !

Je me souviens de ce bel accordéoniste déambulant dans le jardin.

Je me souviens Serge Pey à la Chapelle. Une fabuleuse rencontre avec ses poèmes et sa voix.

Je me souviens mes larmes lorsque j’écoutais Serge Pey dans la cour de la cinémathèque. Il rendait hommage à un révolutionnaire espagnol.

Je me souviens de Marc, sa maison, son sous sol de vingt mille lieux sous les mers. Les repas dans son petit jardin. Ses patates à l’eau et son vieil alcool... C’était toujours l’été. Les hérissons passaient.

Je me souviens les mots Réformistes, Libertaires, Anarchistes. C’est à la Chapelle que j’ai compris qu’aucun de ces mots ne me correspondent.

Je me souviens Thomas dans la petite maison.

Je me souviens un été agréable. Avec Carotte on était enceintes. On se réunissait tous le soir pour faire des conserves. J’aimais la lumière douce du jardin, nos rires, discussions...

Je me souviens de Brassens, la vie qui s’arrête, se remplit de poésie. Avec Mathilde on coordonnait les repas. Fatiguée, parfois, je m’écroulais dans un canapé et me ressourçais en regardant Agnes Buffet et François Dorembus. J’adorais voir tous ces gens cuisiner, ils venaient d’horizons si différents.

Je me souviens des gaufres d’Anne au petit matin.

Je me souviens, avoir acceptée la trouille au ventre de lire des poèmes et chanter des textes de Brassens sous un parapluie. C’était un moment hors du temps... Merci Marcabrune.

Je me souviens du tourbillon Marc, emportant tout le monde. J’ai détesté cette période.

Je me souviens de cette fille qui passait par là. Elle a poussé le portail. Elle nous a tous charmé avec sa poésie de la vie. Aujourd’hui, elle a claqué le portail. Elle a tout repris avec elle !

Je me souviens qu’il manque un hamac dans le jardin.



Je me souviens de la constitution de l’Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne ‘Casanova’ où, assis sur des bottes de paille dans le jardin de notre futur maraîcher, nous établissions les statuts de la 1ère AMAP Légumes et rebaptisions le bélier de son troupeau « Casanova »

Je me souviens du concierge, ce fameux Gédéon Chiquotte

Je me souviens du chevalier de l’impossible dans ce lieu impossible, où 2 soirs durant, je résistai à ma fatigue pour écouter, regarder, savourer, m’exclamer, … jusqu’à ce final d’un géant !

Je me souviens des lourds bidons et du long tuyau raccordé à la borne incendie de la rue Casanova

Je me souviens des premières soirées Relâche hivernales où nous cherchions à nous réchauffer les uns contre les autres enfermés par un immense drap dans le seul premier tiers de la Chapelle...

Je me souviens encore d’une anecdote, en 1998, lorsque des supporters de l’Albiceleste, fervents pratiquants, souhaitaient se recueillir dans l’Eglise

Je me souviens de cet autre poète, passant de table en table, et à qui j’achetais parfois du tabac

Je me souviens de « Jean DesMoulins », et de son concert exceptionnel en solo, accompagné d’un unique musicien, en retrait, dans l’ « alcôve machine » superbement tamisée

Je me souviens de cette toiture trop souvent triste et de ces voltigeurs en chaussette toujours prompts à danser avec les tuiles

Je me souviens de la jouissance avec laquelle nous préparions nos actions contre Habitat & Humanisme et notamment lors de l’écriture collective du communiqué « Peindre ou dépeindre… un humanisme de façade ! »

Je me souviens du « cousin » et de son aide si précieuse

Je me souviens des visages ahuris de nos interlocuteurs au fur et à mesure de la déclamation froide et ininterrompue du communiqué lors de la « réunion » dans les locaux d’Habitat & Humanisme

Je me souviens des copains, des « anciens de Planète », revêtant alors leurs combinaisons de peintre et commençant à repeindre les murs, franchement décrépis, des bureaux d’Habitat & Humanisme

Je me souviens de la photo des peintres souriants dans le journal et du titre « la Chapelle en remet une couche » 

Je me souviens du soulagement collectif et de la fierté du « travail » accompli lorsque nous avons appris, après plusieurs mois de lutte, d’actions, de communiqués et d’interpellations des institutions, qu’Habitat & humanisme allait jeter l’éponge avant même le démarrage de notre veille poétique et militante de 72 heures !

Je me souviens de la « relève », au petit matin, après les nuits blanches, tels des marins au commandement d’un vaisseau fantôme, hors du temps, nous nous relayions, longtemps, très longtemps...

Je me souviens du déménageur de piano et de son assurance

Je me souviens de fourmis portant des marionnettes géantes et surplombait le public effrayé... et inhabituellement acculé au fonds de la Chapelle

Je me souviens de Cécile

Je me souviens de notre régisseur, harassé par les changements de plateau, qui se demandait combien de musiciens composaient le groupe « Chili con carne » en vue de leur installer les micros ad hoc !

Je me souviens des parapluies sur la Place du Capitole et de Mélissa

Je me souviens des paroles de Brassens, portées par tant de voix, devant tant de monde… je me souviens m’être souvenu alors d’avoir souvent entendu Brassens dans la voiture de mes parents, autrefois.

Je me souviens des crobars de Lerouge croqués à la volés, puis laborieusement scannés pour être finalement projetés en boucle sur l’écran

Je me souviens de mon frère en chaire narrant son périple à travers le monde

Je me souviens de ma fille nue dansant dans le jardin dans les flots de l’arroseur automatique sous le soleil rayonnant d’une après-midi d’été


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Je me souviens des élèves de ma classe sortant de la scène montée dans la Chapelle, sous les applaudissements nourris, après avoir chanté Au bois d’mon coeur et Gare au gorille, le samedi de la semaine Tout Brassens ou presque...

Je me souviens d’avoir osé être sur une scène où je lisais ( avec 3 autres, morts de trouille) un passage du Don Quichotte de Cervantès...

Je me souviens d’avoir préparé, malaxé, digéré (avec un pote) un morceau du Pantagruel de Rabelais pour le régurgiter sur la scène offerte de La Chapelle...



Je me souviens, avant de venir pour la 1ère fois, j’étais rebutée par le mot de "chapelle" qui me faisait peur. ô combien j’aurais regretté de n’avoir pas connu ce lieu unique !

Je me souviens de nuits dans ou devant la Chapelle, à refaire le monde, je me souviens de petits matins joyeux, et de difficiles retours à la réalité. La Chapelle est notre cocon d’espoir, fragile et précieux.

Je me souviens des baquets pleins d’eau, après une nuit de pluie. Il y avait tant de fuites dans la toiture !


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Je me souviens qu’en 1992 et 1993 deux sdf ont vécu dans la Chapelle. Je me souviens qu’ils s’appelaient Jiri Volf et Georges B. Je me souviens que le premier est mort derrière l’autel et qu’en nettoyant le lieu on a retrouvé ses poèmes dans des cahiers abandonnés au milieu des détritus et des gravats.

Je me souviens que grâce à l’événement Tout Brassens ou presque nous avons retrouvé la trace de Georges B dont nous n’avions plus de nouvelles depuis 15 ans. Nous pensions qu’il était mort et nous avions imaginé cet événement comme un hommage. Je me souviens qu’il disait en riant « un événement en mon honneur ? quelle horreur ! ».

Je me souviens qu’en 1993 le jardin de la Chapelle était plein d’herbes hautes, qu’il y avait des trous dans la toiture et des gravats dans toute la salle.

Je me souviens de Michel Piquet, que nous avons rencontré lorsque nous travaillions sur l’enfermement. Je me souviens qu’il avait passé plus de la moitié de sa vie en prison, notamment à Saint Michel et que dans la cour de promenade il y avait rencontré un prisonnier qui avait été bagnard, à Cayenne.

Je me souviens d’une des premières soirées Relâche ; que ce soir-là nous étions une petite dizaine regroupés autour d’un chauffage près du coin cuisine et qu’Yves Meunier était venu animer un débat ayant pour thème « polar prolo ».

Je me souviens de la lecture intégrale de Don Quichotte en mai 2005, des 126 chapitres et des 150 lecteurs qui se sont relayés pour lire pendant 48h. Je me souviens que le dernier lecteur était Nilda Fernandez et qu’il avait fait le voyage depuis Moscou pour lire le dernier chapitre.

Je me souviens qu’à la mort d’Edouard, le Maire de Toulouse a été reçu par Nicolas Sarkozy.

Je me souviens qu’ensuite le Maire de Toulouse a assumé pleinement une politique anti-sdf, affirmant le concept de « marginalité agressive », et qu’il a expulsé de nombreux squats toulousains en octobre et novembre 2006.

Je me souviens de l’expulsion du Clandé. Dans la rue il y avait des affiches disant : « Expulsion du Clandé, la police investit les maisons closes ».

Je me souviens de l’association Habitat et humanisme qui voulait raser la Chapelle pour construire une maison relais.

Je me souviens que nous avons lutté un an et demi contre cette association pour sauvegarder le lieu et notre projet.

Je me souviens que la Mairie avait accordé à l’association Habitat et humanisme un permis de construire, quelques jours seulement avant que le jardin de la Chapelle ne soit déclaré inconstructible dans le PLU et que nous avions trouvé ça très très louche.

Je me souviens que lors d’une réunion publique Françoise de Veyrinas a appelé les sdf du campement des Don Quichotte à venir nous déloger de la Chapelle et de la bronca que ça a suscité dans la salle.

Je me souviens qu’une nuit nous sommes montés à Paris, à la Villette, pour interpeller le créateur d’Habitat et humanisme sur ce qui se passait à Toulouse.

Je me souviens des copains de la CNT AIT qui nous ont accueillis là-bas pour nous aider dans notre action.

Je me souviens que nous avions une banderolle qui dénonçait un "humanisme de façade".

Je me souviens que chaque fois qu’un nouvel archevêque était nommé nous lui écrivions pour lui souhaiter la bienvenue, lui signaler notre présence et ouvrir un dialogue avec lui. Nous n’avons jamais eu de réponse...

Je me souviens qu’en 1993 Monseigneur Collini nous a écrit une lettre dans laquelle il affirmait que la Chapelle était devait être vouée au culte à perpétuité.

Je me souviens que l’Archevêché a finalement vendu la Chapelle. 

Je me souviens que Monseigneur Legal a nommé un prêtre de l’Opus Dei à la Dalbade. 

Je me souviens que Monseigneur Marcus, son prédécesseur, a célébré une messe solennelle posthume en l’honneur de José Maria Escriva Balaguer, fondateur de l’Opus Dei...

Je me souviens que neuf de membres de l’Opus Dei faisaient partie du gouvernement de Franco dans les années 50 et que ce mouvement appartient à ce qu’on appelle aujourd’hui les nouveaux soldats du pape.

Je me souviens qu’en 2006 nous avons travaillé sur la guerre d’Espagne et que nous avons rencontré de vieux militants anarchistes de la CNT espagnole, à côté de la Place Belfort... mais je ne me souviens plus de l’adresse...


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Je me souviens... la Chapelle entre 2005 et 2012

Je me souviens de mes premiers pas à la Chapelle, mal à l’aise en raison de la pénombre, j’ai loupé une marche, au fond. J’ai pesté contre ma vilaine vue, j’ai pesté contre ce lieu si mal adapté aux bigleux, et puis, j’y suis retournée, à maintes occasions, j’y ai même pris goût.

Je me souviens du concours de pétanque sur tapis persans.

Je me souviens de la préparation des repas, épluchage en plein air parfois ; je me souviens de vaisselles dans la petite maison, de réunions préparatoires en petits comités où tout d’un coup cette intimité créant des liens, on se racontait parfois, on vidait en confiance notre sac d’émotions contenues devant des presque inconnus, des amitiés sont nées ainsi.

Je me souviens de la distribution des plats, avec mon acolyte préféré, le grand Manu, et comment nous avons remis en place très élégamment une chichiteuse insatisfaite ! « Comment, manger bio à 3 € et se plaindre ? Passez votre chemin, très chère ! »

Je me souviens de l’ambiance toujours recueillie même lors d’événements festifs.

Je me souviens de ces gens qui faisaient des parties d’échec dans un silence monacal.

Je me souviens de l’écoute du public quelle que soit la soirée.

Je me souviens des moments où l’on avait envie de boire pour fêter la bienvenue à un bon copain tout juste arrivé, au moment de l’édito, alors, il nous fallait attendre la fin de celui-ci pour passer commande ; c’est ça la Chapelle !

Je me souviens de mon premier concert avec Les Maris de ma femme, de l’accueil qui nous était réservé, l’équipe technique très attentive et pointue, les boissons et grignotes à disposition en coulisses, l’impressionnante qualité d’écoute du public, le repas pris sur le tard.

Je me souviens du bar à tenir dans la pénombre, de la mousse de la bière...

Je me souviens des soirées que l’on aurait souhaité prolonger, mais pas question de risquer de troubler le sommeil du voisin ; il en allait de la survie du lieu !

Je me souviens de la soirée Brassens, du temps où l’AMAP organisait une Relâche mensuelle, soirée qui a enclenché l’événement Tout Brassens ou presque.

Je me souviens des premières préparations de cet ambitieux projet, des gens présents au départ, absents à la fin ; ce moment a mis un terme, non sans douleur, à une tranche de vie du lieu. Un temps est révolu, une ère nouvelle a pointé son nez.


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Je Me Souviens d’être parti en voyage avec Marco Polo et d’en être revenu

Je Me Souviens que c’est dur de se quitter quand on s’aime

Je Me Souviens qu’Eric n’était Eric qu’à la Chapelle, ailleurs il était Lucien

Je Me Souviens de sa solitude, les morts sont souvent plus facile à aimer que les vivants

Je Me Souviens de Nicolas Lambert

Je Me souviens de MEJ Trio et de leurs 250 chaises réservées

Je Me souviens de Georges B et de ses « Passantes »

Je Me Souviens d’un canapé trop petit, et de jolis yeux bleus

Je Me Souviens que l’arbre du roi Lear s’est offert une seconde jeunesse en abritant les chanteurs et les chanteuses à moustaches

Je Me Souviens d’une jeune Italienne crépue (quelle age avait elle ?) chantant une berceuse, dans une Relâche enfumée

Je Me Souviens de Dick Annegarn et de son

« Pose ton schlasse Sos,

Pose ton Schlass... »

Je Me Souviens de "Capitaine Slam" et d’une jeune fille ne parlant que de son vagin

Je Me Souviens d’une Relâche où l’on prenait le temps de s’arrêter

Je Me Souviens de Manon et de ses pique-niques

Je Me Souviens des parties de Pétanques

Je Me souviens des "Amis de ma femme", enfin de la sienne

Je Me Souviens de l’esprit "NO BRAIN"

Je Me Souviens du FAM et de ses tables roses

Je Me Souviens du Low-fi

Je Me Souviens de Jason Molina, de sa coupe au bol, et de son trompettiste

Je Me souviens de Richard Desjardins

Je Me Souviens de l’accent de Rouyn-Noranda et des forêts canadiennes

Je Me Souviens que je Me Souviens est la devise du Québec

Je Me Souviens d’un très "Humaniste" homme d’affaire nous expliquant que « La pression économique c’est comme la pression atmosphérique, nul ne peut s’y soustraire »

Nous voilà plus légers que l’air.

Je Me Souviens de Léonore et de Boris

Je Me Souviens de Don Quichotte, et de son concierge malade

Je Me Souviens de la violence que cela peut être parfois de s’attaquer à des Moulins

Je Me Souviens d’une Lecture collective interrompue par une Panne de courant

Je Me Souviens d’un guitariste nous offrant 48h de sa vie avec plaisir

Je Me Souviens d’un voyage à la mer, qui ne s’est jamais fait

Je Me Souviens d’Hélène, de l’« Ignoble » Lignières

Je Me Souviens avoir traversé les Pyrénées avec Nicole Entremont et les membres du GARI, dans une voiture en panne

Je Me Souviens d’avoir mangé sur une porte à la table de M. Pey, le père de Serge

Je Me Souviens qu’il y a trois CNT à Toulouse

Je Me Souviens de la Colonne de Fer et de ses insoumis, d’un en particulier

Je Me Souviens de l’Espagne de 1936...

Je Me Souviens de choses que je n’ai pas vécu

Je Me Souviens de deux Hommes dansant sur une java, un 21 juin

Je Me Souviens que l’un d’eux sera poussé d’un pont

Je Me Souviens qu’un drame engendrera un mort

Je Me Souviens qu’un mort engendrera des drames

Je Me Souviens d’un Cabaret d’Hommages

Je Me Souviens de Bancs en Carton où personne ne s’est jamais assis

Je Me Souviens du squat des Écoles, du Couvent, de la Datcha, de Myris, du CSOA, et de bien d’autres lieux ayant laissé leurs places à des projets « très sociaux » ou presque...

Je Me Souviens de La crise

Je Me Souviens d’une gifle, puis d’une seconde

Je Me souviens d’un clarinettiste trop cher

Je Me Souviens que l’on a toujours le choix, TOUJOURS !

Je Me Souviens que « Stratégie » fut un mot à la mode

Je Me Souviens que « Pertinent » fut un mot à la mode

Je Me Souviens que « Seuls les poissons morts suivent le courant »

Je Me Souviens que « Trahison » fut un mot à la mode

Je Me Souviens que « Situation » fut un mot à la mode

Je Ne Me Souviens pas de « l’Enfermement »

Je Me souviens de la Commune, enfin du film

Je Me souviens de Dommage qu’elle soit une putain

Je Me Souviens d’avoir construit un cabane pour des enfant perdus sur la grande scène de la chapelle.

Je Me souviens d’avoir fixé un palais de bois et de métal au plancher de la chapelle avec des clous,et de les avoir recouverts de sable

Je Me Souviens d’y avoir posé un Tribunal, ou les gens se faisaient face ; encerclant un corps nu sur de la sciure

Je Me Souviens d’avoir rendu sa virginité à la Chapelle pour y accueillir des Suppliantes

Je Me Souviens de La Commedia et de Thomas en chaire et en tchatche

Je Me Souviens des Faux-Bijoux, de leurs oiseaux de passages anarchistes

Je Me Souviens de Marc et de ses fulgurances

Je Me Souviens de La The NATa (tout est dit)

Je Me Souviens d’un porte tchèque mort que j’ai longtemps pris pour un irlandais

Je Me Souviens qu’Atelier ne prend qu’un L et Planète un seul T

Je Me Souviens que la Chapelle est une coquille Vide

Je Me Souviens de Laurent, Falk, Fouzia, Marc, Nathalie, Céline la belge diaphane, Ratko, Mercedes et de Maléna, de Nicolas qui parlait aux fourmis, de Anne, Christelle, Greg, Manon ; Yann et Élise, Marie, Vincent, Laurent « Pozzo », Juanito, Jean Yves, Éléonore et de son mari, Céline et Mario, Isabelle, de Stéphane, de Stéphanie, Mathieu , Mathieu le jeune, Karim et d’autres que j’oublie mais qui ont fait ce lieux.

sans citer ceux qui le font encore

Je Me Souviens que l’année prochaine je pars, enfin peut-être, ou l’année d’après alors...


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Je me souviens qu’il y a deux films sur la Chapelle tournés par Tv Bruits (par Roberto et Thomas), disponibles ici :
http://www.tvbruits.org/spip.php?article247
et ici http://www.tvbruits.org/spip.php?article1435


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Je me souviens d’un concert de VRACK qui m’avait chargée d’énergie à foison et de couleurs plein les feuilles ; l’ambiance était surchauffée, la Chapelle bondée, je crois que j’ai même dansé, qu’on est resté traîner à manger boire et discutailler, un peu dedans ou un peu dehors... je ne me souviens plus très bien, mais ça m’a laissé une marque de chaleur pétillante de bonheur et de simplicité


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Je me souviens que je ne m’attendais à rien si ce n’est, comme souvent à fuir, mais un soir emmenée par Marco le bienveillant, je fus aspirée dès l’entrée dans une fractale de l’espace temps, miroir de mes 20 ans. Durant 2 ans ce fut envoutant, surprenant, délirant, inspirant, tonifiant, éclairant, mais jamais pontifiant ni déroutant car j’étais de retour chez moi DEDANS, au cœur de ces vibrations de haut voltage à l’ énergie pur jus, partageant l’ivresse du soir et des musiques dans les rencontres de L’ INSTANT. Même ailleurs maintenant, je me souviens de l’inoubliable "atelier idéal", ce lieu d’exceptionnel rappel à l’insurrection, à la solidarité et à la poésie, sauvé du pire grâce aux forces vives de farouches esprits libertaires, que je salue en rouge et noir du haut de mes montagnes et de mes 60 ans !


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Je me souviens d’un concours de pétanque dans la chapelle sur des tapis d’orient ou presque pour échapper à la pluie qui battait dehors.

Je me souviens d’une soirée slow, d’une salle remplie de personnes enlacées se déhanchant sous les sunlights d’une boule à facettes, la chapelle était étoilée.

Je me souviens de Patrick donnant un cours de slow avec un mannequin en plastique transparent, pas farouche le mannequin.

Je me souviens de la bande de filles avec lesquelles j’organisais des soirées Relâches, Mélissa, Elodie, Caroline, Annette, Lydia, Mathilde, Cécile que de belles soirées déjantées.

Je me souviens d’une Relâche salsa chocolat, de Patrick donnant son cours à une soixantaine de personnes changeant de partenaires toutes les cinq minutes, 1 _ 2 _ 3 _ 4

Je me souviens de mes salades d’agrumes pimentées de gingembre à en cracher le feu du Diable.

Je me souviens des barbecues de sardines au printemps dans le jardin.

Je me souviens de Brassens installé tout un week-end jour et nuit non stop.

Je me souviens de ce merveilleux banquet de clôture de ce week-end Brassens, gagné par la fatigue d’une nuit blanche cette ambiance festive nous remis debout.

Je me souviens de Bobby Lapointe et son humour absurde envahissant les murs de la chapelle.

Je me souviens de Marc, de son enthousiasme et du bonheur de préparer des soirées avec lui.

Je me souviens des Faux bijoux et de la voix pure de Nathalie interprétant Léo Ferré à merveille.

Je me souviens de tant de belles choses, de rencontres, de moments de plaisir et d’émotions qu’il me faudrait 300 pages pour les raconter


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Avril 2012, une jolie chanteuse accompagnée de sa guitare partageait ses jolis mots et envoyait de jolis bisous au public. Et moi, je caressais la jolie cheville de mon amoureuse. Merci à la Chapelle pour ses/ces beaux moments, ses/ces scènes ouvertes, cette ambiance, cette lumière et ses bons petits plats. :)


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Je me souviens que j’ai raté le spectacle de Nicolas Lambert sur le nucléaire, et j’avais bien les boules !!!


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Je me souviens de Hans, Falk, Fouzia, Florence, Ratko, Mercédès,

Je me souviens de Jean-Yves,

Je me souviens de Yves, Juanito, Jacques, Marie, Julien, Sébastien, Mario, Céline, Cécile, Karim, Stéphane, Mathieu, Loïc, Mélanie, Bernard, Aurélie, Thomas, Renata...

Je me souviens de Nathalie dit Natha, dit La the Natha

Je me souviens de Marc

Je me souviens de Marc et Nathalie

Je me souviens de Nicolas dit Nick chap

Je me souviens de Stéphane dit le basque

Je me souviens de Vincent dit le kalien

Je me souviens de Mathieu dit le jeune,

Je me souviens de Yann dit Mc Frouin,

Je me souviens d’Elodie

Je me souviens qu’elle avait écrit un texte intitulé Les Intellectuels parlent aux intellectuels en réponse à un texte de Mc Frouin

Je me souviens que Mercédès chantait du tango

Je me souviens que Ratko était serbe et qu’il faisait des tableaux en frappant des branches pleines de peintures sur des toiles

Je me souviens qu’il faisait aussi des cocons

Je me souviens de Stéphanie, je me souviens d’Isabelle

Je me souviens que Hans, Falk et Fouzia ont été exclus lors de la première crise de l’Atelier Idéal en 2000

Je me souviens de Michel Fourcade et de sa voix

Je me souviens que Marc et Nathalie avaient un duo, les Faux Bijoux et qu’ils ont souvent joué à la Chapelle

Je me souviens que Nico les a rejoint pour jouer avec eux Léo Ferré

Je me souviens que Falk faisait de la musique improvisée et qu’il a vécu dans la petite maison

Je me souviens que Stéphanie, Vincent, Thomas, Stéphane, Mas, Georges B., Falk, Fouzia, ont tous vécu un temps dans la petite maison

Je me souviens d’y avoir vécu moi aussi

Je me souviens que Marc a été exclu de l’association en janvier 2011 et que cela a engendré une crise très grave après celle de 2000

Je me souviens de sa grève de la faim, de ses prises de paroles lors des Relâches et de toutes les discussions qui ont suivi

Je me souviens des réunions avec les anciens de Planète

Je me souviens de l’incompréhension, de la violence, des manipulations de part et d’autre

Je me souviens que nous ne pouvions plus travailler ensemble

Je me souviens du climat de suspicion, des procès d’intention et des discours quant à la légitimité de la présence des uns et des autres sur le lieu

Je me souviens d’allumettes dans les serrures et d’un tesson de bouteille

Je me souviens que je voulais faire la liste de toutes les personnes qui sont passées à l’Atelier Idéal mais que ma mémoire fait défaut…


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Je me souviens d’une partie d’échecs perdue contre un inconnu.


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Je me souviens d’un mur à peindre et du vertige sur le toit, puis des vers trouvés dans la terre.

Je me souviens d’avoir dansé à un bal brésilien et à un bal gitan aussi, avec des enfants.

Je me souviens de m’être endormie sur un canapé, le matin, malgré l’envie de continuer à écouter.

Je me souviens d’un poème en langue des signes.

Je me souviens d’avoir découvert Brassens, Gainsbourg, Bobby Lapointe, Léo Ferré et d’autres encore.

Je me souviens d’un gars qui faisait semblant de se masturber en chantant Brave Margot.

Je me souviens d’avoir lu pour la première fois devant un public.


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Je me souviens de

Chaque

Histoire

Ayant été

Partagée

En ce

Lieu de

Loisirs,

Etonnant.


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Je me souviens d’amis retrouvés au détour d’une purée.

Je me souviens de bénévoles passionné(e)s nous sustentant l’estomac et l’esprit avec des ingrédients de choix.


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Je me souviens, une coquine qui voulait une dernière bière avant de partir !


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Je me souviens...


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Je me souviens de ce slow sensuel dansé derrière un rideau...


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Je me souviens de plein d’trucs...


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Je me souviens d’un premier regroupement fort en émotions, de n’avoir pu trouvé la clé ni d’avoir concrétisé ce baiser libertin.


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Je me souviens d’une soirée près d’un radiateur, bien au chaud, avec des gens très spéciaux que je venais de rencontrer et que je vais jamais oublier malgré toutes les bières qu’on a bues...


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Je me souviens d’un après-midi glacial mais ensoleillé de novembre, à la Chapelle. C’était un dimanche, le jour du Seigneur parait-il... C’est cet après-midi que je suis tombée amoureuse de Nathanaël. Je ne pourrais plus revenir ici sans ressentir à nouveau ce sentiment. Oh, comme je reviendrais encore et encore...


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Je me souviens d’une Relâche sur les militants de la ZAD. Deux semaines après j’étais à Notre-Dame des Landes. Comme quoi, il suffit de peu pour faire bouger les choses et les gens.


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Je me souviens de cette phrase : "Le voyage à vélo est un voyage continu à l’opposé du voyage en train ou en avion qui est un voyage ne pointillé" signé un globe-trotter venu à la chapelle nous raconter son road trip à vélo avec une troupe de zicos.


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Je me souviens d’un très joli texte de Léo Ferré, lu dans le calme attendu dans un tel lieu.


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Je me souviens d’avoir trouvé de la bonne compagnie pour discuter.


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Je me souviens avoir pensé qu’il faudrait que je revienne un jour ici...


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Je me souviens bien de ma première fois


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Je me souviens d’une foultitude de visages de tous horizons


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Moi, je me rappelle de ce vin rouge Gaillac pas trop bon, mais quand même moins pire que la bière dégueulasse.


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Quand j’entends parler de la Chapelle je me souviens de son ambiance, chaleureuse, agréable.

Je me souviens aussi du bon repas que l’on sert là-bas et des bières à 1€50.


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Je me souviens de la première fois que j’ai été dans une église comme chez moi... et oui, j’ai vu Dieu.


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Je me souviens avoir assisté à un match d’improvisation d’une compagnie toulousaine organisé par le GENEPI, sur le thème des prisons.


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Je me souviens avoir fêté notre nouvel appart.


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Je me souviens que je suis dans une chapelle ; donc : Habemus papam !


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Je me souviens avoir cherché une chaise, longtemps, très longtemps...


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Ce n’est point un souvenir en particulier qui me vient en mémoire, lorsque je pense à la Chapelle, mais plutôt un quotidien : celui des rendez-vous avec tous mes amis Erasmus, que j’ai eu la chance de connaître depuis que je poursuis mes études, ici à Toulouse.

Un lieu qui les marque et dont ils se souviennent après. En définitive, je dirais que la Chapelle voyage en Europe, et j’espère qu’elle restera dans la mémoire de ces gens, au-delà de nos frontières.


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Je me souviens avoir découvert le délicieux mot "Garbure"


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Je me souviens de m’être perdue plusieurs fois avant de connaître le bon chemin menant à la Chapelle.


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Je me souviens avoir appelé "Elodie" une fille qui servait au bar et qui s’appelait "Aurélie".


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Je me souviens de ce musicien qui nous disait être anglais et qu’il allait bientôt rentrer au pays. Il commença à la guitare, un peu laborieux... Puis il chanta et joua Les Triplettes de Belleville avec un accent anglais.... Doucement son français devint de mieux en mieux... Finalement il était parfaitement francophone. Il nous a bien eu, je m’en souviendrai...


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Je me souviens être rentrée il y a une heure et m’être dit : "Et dire que ça fait 20 ans que je rate ça... bon, vaut mieux tard que jamais..."


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Je me souviens d’un homme à lunettes, avec ses cheveux longs bien gras, son Amsterdamer, son alcool poétique, ses insultes et son gros coeur débordant.

Et puis il y a cette fille, je n’ai pas été assez rapide, elle est partie avec mon pote saxophoniste.

Je me souviens d’un kouiganan qui attend son four.


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Je me souviens être tombée amoureuse au détour de tant de phrases.


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Je me souviens avoir fait l’amour dans la Chapelle


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Je me souviens de la première courgette coupée un dimanche, il y a quelques années. Mon doigt s’en souvient aussi.


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Je me souviens de la première chanson entendue dans la Chapelle :
Et si tu n’existais pas,
Dis-moi comment j’existerais


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Un soir, je suis passée dans le quartier pour déposer une plainte de cambriolage au commissariat de police et je suis passée à la Chapelle, il y avait une AG. On m’a invité à y participer.


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Je me souviens que mon frère m’avait amenée à une AG pour que je vois... comme il disait. On était dans le jardin, il faisait beau, j’étais jeune étudiante.

Je me souviens de mon père et ma mère participant à la lecture de Don Quichotte. Mon père était à fond !!

Je me souviens de Carmela dansant à un bal tango que j’avais organisé et de la satisfaction des "gens de la Chapelle" quand ils avaient vus les danseurs aider à ranger !

Merci pour ces moments.

Je me souviens d’avoir écrit « Fay ce que vouldras » au frontispice de la Chapelle.

Je me souviens des toilettes dans le confessionnel et du fauteuil de barbier sous le porche de l’entrée.

Je me souviens du Clandé, qui a fermé, et de la Chapelle, qui a tenu.

Je me souviens de Répliques et des représentations à la Chapelle.

Je me souviens du petit arrosoir en plastique qui accueillait les dons pour réparer la toiture.

Je me souviens du soir où l’actrice qui jouait le Roi Lear, victime d’une extinction de voix, monta malgré tout sur les planches et joua la pièce pendant que le metteur en scène disait son texte depuis l’avant-scène.

Je me souviens avoir écrit une lettre de soutien à la Chapelle en usant de mon statut à l’ambassade de France en Russie.

Je me souviens, après avoir quitté Toulouse, de la question rituelle posée chaque été aux copains : « Alors, quoi de neuf à la Chapelle ? »

Je me souviens d’avoir dormi sur les tapis à la Chapelle lors de la lecture intégrale de Rabelais, pour la bonne cause.

Je me souviens de la mosaïque kitsch et de l’étrange cheval peint à l’entrée de la Chapelle.

Je me souviens du type qui taxait des clopes à tout le monde, en leur expliquant à quel point ceux qui les achetaient étaient les derniers des imbéciles faisant le jeu du capitalisme.

Je me souviens des mots de Jiri Volf et du temps qu’il me fallut avant d’en ressentir toute la vérité.

Je me souviens n’avoir jamais été aussi heureux de passer le balai et faire la vaisselle qu’à la Chapelle.

Je me souviens du tuyau de pompier déroulé dans tout le jardin, afin de remplir la citerne de la Chapelle avec l’eau tirée à la borne incendie.

Je me souviens des repas dans le jardin, aux premiers beaux-jours.

Je me souviens de la pénombre fraîche et apaisante de la Chapelle au plus chaud de l’été.

Je me souviens des Faux-Bijoux, de Marc et de la Ze Nata.

Je me souviens des affiches « Sortons du nucléaire, mutons ».



Je me souviens quand j’ai aménagé rue Casanova, en 2002. Je voyais ce petit parc baigné de lumière le soir, et un jour, j’y vois une bande en train de repeindre les grilles avec une bonne humeur et un sens du collectif évident. J’ai cru sur le moment que c’était un mouvement de jeunesse catho, JOC ou MRJC, qui occupait le lieu. J’ai découvert par la suite que je m’étais bien trompée, sauf sur la gestion participative et l’éducation populaire.

Je me souviens de Gargantua à la Chapelle, il y avait un banquet le dimanche midi, il faisait beau et Didier Dulieux a sorti son accordéon et nous a offert sa musique à valser et son sourire de musicien heureux de nous donner ce plaisir, on a tournoyé dans le petit jardin jusqu’à s’en étourdir.

Je me souviens de Negras Tormentas, de la musique et de l’émotion, de la force de ces masques, de la puissance du mime.

Je me souviens de controverses, d’amis qui disent que l’on ne peut pas s’intégrer dans l’équipe de la Chapelle, que le groupe est trop fermé et que la tolérance et l’ouverture revendiquées ne sont pas appliquées en interne, qu’on ne peut trouver sa place si on ne fait pas déjà partie du groupe, que certains sujets ne peuvent être débattus, que l’envie d’en faire partie n’y est plus.

Je me souviens des Z’OMNI qui déclament et chantent la scène d’ouverture de Pantagruel : une vraie claque. Créativité, audace, énergie, liberté. Je veux absolument revoir ces quatre filles, il m’aura fallu longtemps pour les retrouver, des années après, réinventant La Ferme de Georges Orwell, engagées et audacieuses, drôles et sérieuses, impliquées et talentueuses.



Je me souviens d’un voyage en Suisse pour ramener le joueur de kora Mara Diabaté après son concert à la Chapelle. Il y avait des grèves de train dans toute la France, il devait assurer un concert en Allemagne ; Elisabeth nous a prêté sa voiture et nous sommes partis sur les routes.
Je me souviens que Mara nous jouait de la Kora dans la voiture et que nous avons roulé tard dans la nuit jusqu’à Vevey, au bord du lac Léman.
Je me souviens qu’au retour nous devions ramener du chocolat à tout le monde.


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Je me souviens que sur la cloche de la Chapelle il est écrit

Don d’Elisa Gazaignes pour la chapelle de la bienheureuse Jeanne d’arc

Parrain Auguste Alle

Marraines Elise et Claire Raynaud

Vinel Frères

Fondeurs à Toulouse

1911

Elle est muette depuis près de trente ans.


BMP - 5.9 Mo


Je me souviens d’un homme en haut d’une grue, place Arnaud Bernard.

Je me souviens d’un homme au milieu de la Garonne, objecteur insoumis.

Je ne me souviens pas si je savais que ça avait un lien et ce qu’était Planète en danger.

Je me souviens d’un week-end au studio de la radio Canal Sud où on relatait l’occupation d’une chapelle rue Danielle-Casanova.

Je me souviens qu’on a évoqué le souvenir de Jiri Wolf disant, éructant, ses textes au Forum des Cordeliers, 15 rue des Lois : c’étaient les Rencontres Internationales de poésie contemporaine quelques années plus tôt, que la radio retransmettait quotidiennement, organisées par Serge Pey et la fac du Mirail dans laquelle Jiri errait, après y avoir été lecteur.

Je me souviens, je me souviens… en vrac : des photographes de Lucette Omnibus et de leur drôle d’idée de faire des mariages à la Chapelle… De la fête de soutien à JLG et des fêtes de soutien au collectif Chiapas…
Je me souviens d’Assalit et Pasolini…
Evidemment je me souviens d’un jour, une nuit, à l’hôtel Saint-Jean, l’expulsion au petit matin, La Ville habitée, on disait…
Je me souviens de la Caravane InterContinentale…
Je me souviens d’être montée sur scène pour la première fois avec Sylvain Chauveau à la guitare pour lire un texte sur l’enfermement… c’était tôt l’après-midi, y avait quasi-personne, merci mon dieu…
Je me souviens de ces cocons, très beaux…
Je me souviens d’une affiche antinucléaire avec des moutons pas beaux… enfin je ne me souviens plus si c’étaient des moutons…
Je me souviens d’avoir voulu après l’explosion d’AZF une nuit des “survivant-e-s”…
Je me souviens du film et du concert de Desjardins…
Je me souviens du jardin, une cigarette sur les marches, contempler l’ilôt, le calme, la rue plus loin, au-delà des grilles, et les autres qui s’agitent…
Je me souviens qu’au début il n’y avait pas la bâtisse du Conseil général…
Je ne me souviens pas de ce qu’il y avait avant…
Je me souviens d’un procès de Total mis en scène par Plus jamais ça, je crois…
Je me souviens des trois jours deux nuits ou vice-versa pour Quichotte et Rabelais…
Je me souviens d’une chouette soirée sur les auto-réductions en Italie avec des gens de Grenoble, je crois…
Je me souviens de la belle ambiance, de ces luminaires faits de récup…
Je me souviens de la nuit du retour à la bougie…

Je me souviens que mon plus beau souvenir, c’est le départ d’une manif aux flambeaux dans les rues de la ville…

Je me souviens d’une Assemblée générale.

Une fois comme au cirque.

Je me souviens que la Chapelle, c’était par périodes.
Quelquefois c’était souvent. D’autres fois, moins.

Je me souviens des repas préparés et des vaisselles expédiées dans la petite maison.

Je me souviens des textes tapés vite-vite, relus vite-vite, corrigés vite-vite dans la petite maison.

Je me souviens nettement mieux de ce que j’y ai filmé : les images sont gravées et, faut bien le dire, plus fraîches.

Je me souviens que les dix ans de la Chapelle, c’était hier.

Je me souviens qu’il y a dix ans, j’ai dit au revoir à ma ville à la Chapelle.

Je me souviens que c’était pas si longtemps, vingt ans.

Quoique… vingt ans… ça se voit à la gueule : la ville a bien pris vingt ans d’aménagements dans la sienne ; elle est devenue ce que dénonçait l’homme dans sa toile d’araignée en haut de la grue installée place Arnaud-Bernard.


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Je me souviens des débuts de soirée aux ambiances de cathédrale, Bashung et son Bleu Pétrole poussé à fond. Marc assis au milieu du parterre de chaises vides, griffonnant des trucs dans son carnet, le corps replié.

Je me souviens de la « machine » improvisée sur le plateau, dans l’énergie et l’inconscience du collectif, nos flips dépassés, le tout sur fond de croquemort amélioré.

Je me souviens de la lettre lue d’une voix tremblante dans le marathon du « tout Brassens ». Je me souviens avoir pleuré, longtemps.

Je me souviens du petit matin à 5h, à 6h, vautrée dans le gros canapé de cuir et de l’enchaînement de mots, de postures, de caracoles et de trémolos. Nous étions dix à peine et le spectacle se poursuivait, dans une magie incroyable. Je me souviens d’avoir vécu ce rêve. Et de l’odeur du chocolat chaud à 7h…

Je me souviens de mon premier « discours » de la Relâche : un haïku de rien sur le don/contre-don. C’était une soirée fripes et échange de fringues organisée par l’Amap, la première du genre, je crois.

Je me souviens d’une soirée slow et boules à facettes. Avec Jack, grand prince et meneur de jeu. Je me souviens de l’hystérie et la jeunesse de cette soirée.

Je me souviens d’avoir demandé à ma grand-mère la recette du Bortsch pour 150 personnes et d’avoir coupé en dés des monceaux de betteraves, d’avoir cisaillé des brassées d’aneth et déversé des litres de vinaigre. Je me souviens que c’était bon et que j’étais fière de faire goûter à tous un bout de mon histoire.

Je me souviens de la peur d’aller frapper le gong avant le début de l’édito.

Je me souviens d’une soirée d’hiver à danser insouciants dans les ombres de la scène - le début d’une très très belle histoire d’amour.

Je me souviens des tonnes de légumes trimballées dans la chapelle, dans le jardin, sous l’appentis. Tomate, pomme de terre, potiron, céleri rave, brocoli, rutabaga, épinard, blette, scarole et frisée, mâche et endive, chou de Bruxelles et navet …. 6 années d’Amap. Emile puis Michel. Le rendez-vous hebdomadaire. Les retrouvailles du panier, les doigts froids, le dos dégoulinant. Les bières bues, les anniversaires souhaités, les AG à n’en plus finir, les pic niques avalés, les saisons enchaînées. Je me souviens que ce n’est pas fini.

Je me souviens des couchers de soleil estivaux, inimitables, qui déclinent juste au creux des immeubles et qui bercent la fin du jour.


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Je me souviens de la sensation de passer « le grand oral » un soir de 2004, dans la petite maison, face aux membres de ce que je ne savais pas encore être « l’ atelier idéal »... Un groupe compact, circonspect voir suspicieux ! Mais finalement que du bonheur car ce premier contact permettra la création de l’AMAP Casanova.

Je me souviens du froid sépulcral de la salle derrière la scène lors d’interminables réunions, et de l’enthousiasme ne cédant pas face à la température proche de zéro

Je me souviens de la première livraison, du stand de Chistophe paré d’ un dais moyenâgeux , de la joie partagée , de manu « à fond » et de l’incroyable sensation d’un moment presque irréel : on l’a fait !

Je me souviens du même Chistophe dans la fermeture de sa colère, sortant du jardin en nous lançant l’anathème, et nous laissant abasourdis, dans l’incompréhension la plus totale, tellement tristes

Je me souviens de la générosité des pique-nique de Manon et de la bienveillance à l’égard des éternels pique-assiettes

Je me souviens que personne ne savait vraiment qui c’était cette Manon...

Je me souviens d’un concours de pétanque décoiffant, à l’intérieur de la Chapelle, sur des tapis mités d’un très ancien Orient....presque volants !

Je me souviens que si je n’ai pas gagner, c’est parce comme d’hab Djack il a fait que tricher ce soir là

Je me souviens d’Annette partageant si bien ses passions gustativo-culinaires lors d’une soirée salée-sucrée.

Je me souviens de discussions navrantes autour du prix de poulets bio...

Je me souviens de Iceteaman tellement décalé mais toujours à sa place

Je me souviens de la violence des échanges sur Habitat et Humanisme, et de la fracture, indélébile...

Je me souviens d’un presque enfant qui arrive dans le jardin, dit qu’il veux faire du pain et qu’il s’appelle Antoine

Je me souviens d’une soirée de 24 décembre, qui donnait au mot Noël l’incarnation d’un sens vrai...s’il en est un !

Je me souviens d’un débat sur l’abstention pendant la campagne présidentielle de 2007 et que ce soir là des gens ont failli en venir aux mains : quel dépit !

Je me souviens d’une montagne de pâtes fraîches fabriquées sur place et servies à une foule compacte et affamée : un miracle !

Je me souviens des piles de vaisselle sale s’agglutinant dans la cuisine de la petite maison certains soirs de Relâche. Et du fatalisme généreux de Mathilde et Cécile « assurant » une bonne partie de la soirée, le nettoyage des couverts !

Je me souviens de la solitude du coureur de fond, un dimanche au petit matin livrant « bonant malant » un chapitre de DON QUICHOTTE à une assemblée aussi clairsemée que fatiguée, mais suffisamment bienveillante pour ces dix minutes « se passent ».

Je me souviens de l’improbable statue de Don Quichotte en fil de fer, reçue comme trophée pour ma participation à ces premières 24h non stop, et que je dois toujours avoir dans un coin de mon grenier

Je me souviens d’un repas de rue un peu raté

Je me souviens de la lecture amusée d’un petit livre « Rue Casanova », mais plus du nom de son auteur : sorry !

Je me souviens de Azzouz et Khadidja dans le jardin : incroyable de les voir là !

Je me souviens que les morts sont toujours plus grands que les vivants, et des paroles que j’ai vécu comme indécentes lors de la disparition d’Éric

Je me souviens de livraison de caissettes de raisins hallucinogènes par un paysan lui même halluciné. De découpages de meules de Comté à la scie à métaux...

Je me souviens d’avoir chanté avec bonheur sous l’œil expert de Nathalie.

Je me souviens des discussions interminables et ubuesques autour de sujets aussi fondamentaux que : « Faut-il ou non, changer le sens de l’ouverture de la porte d’entrée de La Chapelle ? »

Je me souviens de chantiers où on mangeait,buvait beaucoup... et travaillait peu

Je me souviens « d’un conseil des sages » ixième tentative illusoire pour trouver une issue acceptable à un conflit dévastateur

Je me souviens de prises de paroles à l’édito, oscillant entre la fulgurance des mots certains soirs et le vide abyssal du rien certains autres.

Je me souviens d’une forme d’intransigeance dans le fonctionnement de l’AI , et à l’usage de son bien-fondé .

Je me souviens des sensations type « resto U » dans l’interminable file pour obtenir son bol de soupe certains lundis soirs, mais qui permettait d’étonnantes rencontres avec des « gaziers » peu commun.

Je me souviens de Suzy, de nos retrouvailles suaves ou amères, mêlant le goût de ses jolis fruits, à l’amertume qu’elle partageait parfois, face à tant d’incompréhension de sa réalité.

Je me souviens enfin que La Chapelle existe, toute à la fois vivante, échevelée, foutraque, contradictoire, lucide, dogmatique, courageuse, consensuelle, violente, flamboyante, autosatisfaite, précurseur, donneuse de leçons, ouverte, arrogante, inlassablement créative, routinière… entre autre ! : humaine quoi !
Et je m’en réjouis.


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Je me souviens du début, des poèmes de Jiri, des soirées infinies sur des sujets infinis, des concerts indéfinis trop tôt finis, de la Planète, des engagements, des accueils généreux, de l’odeur tenace de la Chapelle, du temps suspendu au-dessus et autour d’elle, comme un léger voile pour l’empêcher de s’envoler ou de se désagréger, du sourire de Marc le cuisinier, de la froideur chaude, du vol vertical des moucherons au soleil couchant, des sarmalets cuisinés en dansant avec les femmes de la Flambère, d’elle, tout juste arrivée de Roumanie, vieille, perdue, sans paroles, des voix parlées, chantées, décriées, tues, de toutes ces voix qui y ont trouvé place un jour et s’y sont nichées.


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Je me souviens, il y a longtemps, avoir vu L’Évangile selon saint Matthieu de Pier Paolo Pasolini projeté dans la chapelle ; il n’y avait pas grand monde, c’était un lundi de Pâques.



Je me souviens de la prise de la bastille, euh de la Chapelle, quand je n’étais qu’une spectatrice sans parole politique

Je me souviens des contradictions qu’elle a provoqué à ce moment-là

Je me souviens des 24 h de Don Quichotte, tant comme lectrice que comme spectatrice sommeillant dans un sofa et une ambiance inattendue, suspendue, hors du temps cette
nuit là

Je me souviens de débats

Je me souviens du combat contre l’archevêché, et de quelques pots de peintures...

(saut dans le temps)

Je me souviens d’un WE chaulage qui ne fut qu’un 10h midi pour moi


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Je me souviens de notre lecture Salut à Nietzsche !. Ma partie finissait par cette phrase :
« Une chose avant toute autre est nécessaire, que l’on a parfaitement oubliée de nos jours, une chose qui nous demanderait presque d’être de la race bovine et certainement pas un « homme moderne », je veux dire : savoir ruminer... »
Mon partenaire comédien de ce soir-là est devenu berger. Salut à lui !

Je me souviens sous les combles, alors que nous enduisions une poutre rongée par l’humidité, m’être dit entre deux éternuements que la mémoire intégrale de la Chapelle était sans nom, sans échelle de valeurs, sans différenciation entre les époques, dans cet océan de poussière : c’était, dans un vaste et sombre pêle-mêle, des sermons chrétiens et des prières bouddhistes, les cris de fureur de Jiri Volf, des coups de marteaux, la rumeur d’une foule clandestine, des voix agitées, des réunions houleuses et des discussions à n’en plus finir, des litres d’encre partis en brouillons, en lettres, en projets, des milliers de cigarettes parties en fumée, des monticules de légumes partis en vapeur, c’étaient des corps au travail, des ardeurs, des pannes et des silences, une répétition qui se passe mal, une orgie au bar, l’envie de tout arrêter et puis un soir, un acteur qui comprend, un spectateur qui croit entendre pour la première fois et de nouveau l’envie qui monte, la porte qui s’ouvre, le printemps...
En salle, on fait le « clean » pour accueillir édito, baratin, concert ; c’est la règle, faire place nette pour que l’événement ait lieu devant son public. En haut, sous les plafonds où tout se consume, aucun langage ne sera suffisamment abouti pour masquer le travail ininterrompu dont il émane et où, une fois exprimé, il retournera. La salle connaît de brefs éclats et de longues pauses, les combles ne lâchent jamais l’effort : parce qu’elles prennent tout, y compris de ce qui ne se dit pas ; pas une minute, depuis toutes ces années, sans que tombe une poussière.


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Je me souviens de ce lieu qui ne laisse pas indifférent, au cœur d’une ville, lieu de tous les possibles, où le collectif prend tout son sens, des luttes en tout genre, de la prise de conscience, la richesse des rencontres, des idées, des projets, le partage …

Je me souviens de la ferveur de ceux qui y croient.

Je me souviens de la semaine folle sur « Tout Brassens, ou presque »

Je me souviens du grand Georges B, de son large sourire, de sa voix grave, de l’émotion ressentie quand il chantait

Je me souviens des paroles d’une chanson de Georges B, « tu es le corps, je suis le bras, tu es la corde, je suis les doigts, tu es ma guitare, j’suis rien sans toi, dans les halls de gare, on joue, on est les rois »

Je me souviens de Christian, Benoît, Nathalie, Lise-Marie… et tous les autres réunis pour fonder la chorale populaire, du stress dans les loges avant d’entrer en scène.

Je me souviens de Christian qui n’aurait pas raté une répétition, heureux de faire partie de l’aventure.

Je me souviens d’un petit coin de paradis sous les parapluies, de ces voix pures, pudiques, instant magique rempli de poésie… et le soleil de la place du Capitole.

Je me souviens du coucher de soleil derrière la grille, des nuits paisibles dans la petite maison, la douceur des petits matins dans le jardin, la douche dans la cuisine, le bruit des travaux, la perceuse, la scie, le marteau, mêlé au chant des oiseaux, je me souviens de tous ces visiteurs à tout moment de la journée, la solitude n’existe plus à la Chapelle. On y passe un moment, une heure, une journée, un week-end, on disparait, on réapparait …

Je me souviens de cette nostalgie de quitter cet atelier idéal extra ordinaire, nostalgie de toutes ces rencontres, des moments forts vécus.

Je n’oublierai jamais le tesson de bouteille, les pompiers, le SAMU, les cauchemars d’une maman qui s’en sont suivis, la peur d’un nouvel acte de folie… la violence n’a pas de place dans ce lieu.



Je me souviens… un jour avoir pu lire dans leur cœur et ressentir l’envie de les avoir connus. Parce qu’une amie m’a montré le lien, le chemin.


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Je me souviens de la phrase qu’Yves me répète inlassablement quand je le croise :"tu devrais venir à la Chapelle, ca te plairait".

Je me souviens de la première fois où finalement j’y suis venu : elle était fermée !

Je me souviens, c’était une fin d’après midi d’été, une réunion "bilan de fin d’année".

Je me souviens, il y avait beaucoup de monde, assis sur des chaises, dans l’allée, devant la petite maison. Des lampions multicolores au dessus de nos tètes.

Je me souviens que CHACUN a eu la parole. Je me souviens que ça m’a donné envie de revenir.

Je me souviens que j’aimais bien faire le bar, il y régnait une belle ambiance.

Je me souviens de l’attention de Nico, du rire de Loïc et du sourire d’Abdel.

Je me souviens d’une fille étonnée de ne pas pouvoir payer ses consos avec une carte bleue.

Je me souviens du regard de Marc, quand je l’appelais Patron.

Je me souviens d’avoir eu l’idée d’un cassoulet pour la Relâche, je me souviens que seul, je n’y serais jamais arrivé.

Je me souviens m’être fais la réflexion qu’Enric Dunran est vraiment un mec Rock n’ Roll.

Je me souviens de Benoît traversant la Chapelle, en Père Noel , avec des santiag.

Je me souviens d’un hiver où un gars de la rue a insisté pour m’offrir son chapeau , pour nous remercier de lui avoir offert des soupes.

Je me souviens que Lisa n’était pas plus haute que le bar ; que Julien est devenu père.

Je me souviens du froid glacial dans la Chapelle les nuits où Marc dormait sur la petite scène.

Je me souviens d’avoir interrompu une pièce de théâtre en demandant s’il y avait un docteur dans la salle.

Je me souviens que la guitare de Georges B. n’était pas accordée, et qu’il s’en foutait royalement.

Je me souviens qu’avant, je ne savais pas ce que voulait dire Chibanis.

Je me souviens de Sylvain qui boulègue en perruque rasta ; des gâteaux du dimanche de Muriel.

Je me souviens de la première fois où j’ ai vu Lucie ; elle était Marie Poppet, un lundi soir sous la pluie sur les marches de la Chapelle.

Je me souviens d’avoir fait DJ dans la Chapelle, pour trois mômes qui s’éclataient sur Highway to hell.

Je me souviens de la voix de Litiana un dimanche dans la loge ; je me souviens du rire de Lise Marie.

Je me souviens d’une fille trop contente d’avoir gagné un sextoy à la soirée Loto.

Je me souviens que Julien le Havrais m’a offert une Gitane avant que l’on monte en scène chanter Gainsbourg avec une belle bande de Relâcheurs.

Je me souviens du sourire de Marco quand il prend une photo "volée".

Je me souviens de valises au plafond, et d’une grande frustration en arrivant à la toute fin de la soirée Roms.

Je me souviens qu’avec Yann on est d’accord sur le fait de savoir qui est La Dernière Idole.

Je me souviens de Nat portée dans un cercueil.

Je me souviens très bien de la 1ère fois où j’ai vu l’ arbre et ses pinces à textes.

Je me souviens de Gilles, trop heureux de passer par dessus la grille de la rue quand nous refusions
du monde à l’entrée.

Je me souviens d’une fois où nous tournions autour de la "bombe" dans le jardin lors d’une expo
photo consacrée à la Chapelle.

Je me souviens de l’incroyable édito d’Abdellah lors de la Relâche sourds.

Je me souviens que chaque printemps Yann tente de ressusciter la pelouse.

Je me souviens de jolies Amapiennes ; d’une lecture voluptueuse de Samantha.

Je me souviens avoir passé le micro à Lucien et que juste après on s’est engueulé avec Thomas.

Je me souviens que le mot fraternité a repris du sens lors de la soirée Leprest.

Je me souviens de quelqu’un que je connais me disant "je ne reviendrai plus", et d’autres que je ne connais pas me disant : "à lundi ".

Je me souviens d’un voisin, qui retrouvant son chat dans le jardin de la Chapelle, nous dit que finalement, il sera mieux là.

Je me souviens avoir entendu différentes définitions des mots squat/anarchie/féminisme.

Je me souviens de la 1ère fois où on a allumé la mappemonde au dessus du bar, le monde semblait dérisoire dans cette infinie Chapelle.


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Je me souviens de la “relâche” et de repas préparés avec “gourmands” et “marmiton”.

Je me souviens de La Commune et des débats fournis malgré la longueur, la densité. Du fond, du sens, du respect.

Je me souviens de Don Quichotte, incroyable marathon bis des mots, militant, motivé, abouti.

Je me souviens de concerts improbables, inédits, de pas encore connus et depuis découverts.

Je me souviens des débats animés et vifs sur les choix de partenariats, de programmation, d’orientation. Quelle démocratie !


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Je me souviens de ma première fois, Dommage qu’elle soit une putain par un mois de novembre sans chauffage et avec le public sous des couvertures.

Je me souviens des apéro-concerts.

Le retour des chaises et des tables chez Sicre location.

Je me souviens de la découverte d’un ciel étoilé au plafond.

Le trou dans la scène.

Je me souviens des gouttières au plafond

Les trous dans le gazon

Je me souviens du démoulage de Don Quichotte à 2h du matin.

Sa première parade.

Je me souviens de la porte de Serge Pey.

Je me souviens d’une succulente lasagne.

Je me souviens du café du matin offert par Stéphane ; Thomas et son jus de fruits au réveil ; Jean Yves, le fossoyeur félin ; Vincent ; Stéphanie et tous les autres...

le remplissage de la cuve à la lance à incendie.

Je me souviens d’Alain et ses chats...

Alain et ses coups de chaud...

Je me souviens du froid en hiver.

Le figuier en été.


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Je me souviens de 9 années de ma vie.

En voici les détails en vrack.

Ma première fois, c’était la nuit avec un groupe de répliquards qui suivait un poète appelé Mathieu. On avait eu les clefs je ne sais pas comment. C’était un peu bête d’investir un squat vide de nuit, mais on avait vingt ans.

Je me souviens que je disais un texte avec des roses en papier qui avait fait pleurer une fille qui venait de se marier. Moi je pensais à Johnny Deep à cause de la marchande de roses dans Dead Man. Une copine qui avait un chien qui s’appelait Maraud m’avait donné la robe que je portais ; en échange, je lui avais tiré les cartes.

Je me souviens des premiers que j’ai rencontrés : Ratko et Mercé. J’avais fait avec eux des cocons miniatures et un corset en P17 blanc que j’ai porté perchée dans l’ancienne « bombe » qu’on avait dépiautée. J’aimais toujours Johnny Deep et je me prenais pour Paradis, qui avait fait une pub pour Chanel sur une balançoire.

Je me souviens des premières réunions où je ne faisais qu’écouter ; ils ont pensé que je n’étais pas bête parce que j’étais une fille qui se taisait.

Je me souviens de Jean-Yves le jardinier quand il habitait la petite maison. Il avait appelé son fils Avril.

Je me souviens de la projection interminable que je n’ai pas regardée de La Commune de Peter Watkins. Je peux aujourd’hui confesser que j’ai rarement écouté ce qui était proposé.

Je me souviens de mes premiers travaux et des chiottes qui avaient débordé : Yann, royal, tenant un balai, les bottes aux pieds, contemplant le désastre. L’odeur n’est pas restée sur les photos. Et à l’époque on mangeait presque tous les jours du poulet.

Je me souviens qu’on avait resuivi tout le parquet pour enlever les clous et les agrafes qui s’y trouvaient.

Je me souviens qu’on nous infligeait parfois toute une après-midi du Johnny Hallyday. Il avait à l’association un fan que je ne dénoncerai pas.

Je me souviens qu’on avait soutenu un disque de Mano Charlemagne, sorte de Brassens haïtien.

Je me souviens des polémiques imbéciles qu’on avait sur tout et n’importe quoi. On aimait trop s’engueuler. Ca a souvent mal tourné.

Je me souviens de Benjamin, patineur hors pair, cordonnier de métier, que j’avais rencontré lors d’un apéro de quartier. C’était mon premier amour de Chapelle. Il y en a eu beaucoup d’autres.

Je me souviens de Nico et Arnaud qui formaient le groupe des Passants. Nico, la lèvre toujours pincée, penché sur sa guitare, et Arnaud qui n’arrêtait pas de fumer. Dans la lumière, c’était joli. Il me reste un bout de chanson qui disait « allumer qu’on reste en vie… »

Je me souviens de la première fois où j’ai vu au bar un type à col roulé dont on m’avait beaucoup parlé.

Je me souviens de l’occupant Vincent. Il y avait aussi un chat. Et du gazon à venir arroser pendant l’été.

Je me souviens de Nathalie chantonnant toujours « Nicolas, Nicolas… » sans que j’aie jamais trouvé à quelle chanson cet air appartenait.

Je me souviens des lampes de Mourad et de son sourire merveilleux, surtout quand il parlait de ses enfants.

Je me souviens de l’organisation des apéro-concerts mais pas de tous les gens que j’y ai vus. Desjardins auquel je comprenais rien, les Malpolis que j’aimais beaucoup, Vrack qui s’arsouillait en coulisses, l’énergie de la Tyrannie des solistes, Didier Dulieux à l’accordéon, Minvielle et ses envies de chaudron…

Je me souviens du Lebedik quartet qui ne doit plus exister mais qui était composé d’excellents musiciens.

Je me souviens que j’avais fait venir des copains du conservatoire, Pierre-Yves et Sophie, pour une pause classique qu’on avait beaucoup hésité à caler en pleine soirée de festivités. 

Je me souviens de Marc et son irremplaçable « Et bonsoir » quand il faisait les balances.

Je me souviens qu’on demandait toujours aux Faux Bijoux de chanter « Les oiseaux de passage ».

Je me souviens qu’il y avait un fauteuil de dentiste sous le porche.

Je me souviens d’une performance de Pey avec un type au téléphone qui avait changé mon idée de la folie. Je me souviens aussi de Pey et d’une porte mémorable.

Je me souviens qu’il y a eu longtemps dans la loge de gauche une affiche de l’AAEL avec un mouton à 5 pattes qui disait que demain on serait tous transgéniqués. Il y en avait aussi une sur la malebouffe affichée sur un frigo, avec des méchants hamburgers sur fond bleu intergalactique.

Je me souviens que lors de l’explosion d’AZF, Jérémie, Marc et Adrien étaient sur les échafaudages à faire tomber ce qui restait de plâtre au plafond. J’avais eu qu’une trouille, c’état que tout leur soit tombé dessus.

Je me souviens que parfois l’état du frigo de la petite maison était lamentable.

Je me souviens du décor que Wilfried avait concocté pour 5000 ans d’histoire, deux petits chevaux et un tank, création des Fourmis.

Je me souviens d’Eric faisant un décor de Mille Feuilles d’une main magistrale pour le Noël des Enfants perdus. Il faisait aussi très bien la mousse au chocolat.

Vincent avait été interviewé par France3.

Je me souviens de la ballade en ville avec Hélène qui faisait Sancho pour annoncer la lecture du Don Quichotte. Et puis surtout l’idée géniale de Mario du départ final de la grande marionnette, seule à la taille du lieu, après la lecture de Nilda Fernandez. Ce soir-là, j’ai été profondément émue.

Je me souviens que parfois il y avait des anciens de Planète qui passaient, Rémi, Laure, Mass et quelques autres. Il y avait aussi ceux de Sortir du Nucléaire, les deux Marc et André. Aujourd’hui moi aussi comme eux parfois je passe.

Je me souviens de petits déjeuners tardifs dans le jardin, quand on arrivait à plusieurs avec des viennoiseries. On faisait le café, on fumait la première clope et on se mettait au chantier.

Je me souviens de Manon, petit bout de femme aux cheveux courts et à la voix étrange, qui fumait des roulés et avait donné son nom aux « piques niques de Manon » avant de s’en aller.

Je me souviens que j’ai servi beaucoup de bières mais que pendant longtemps je me suis reposée sur les mecs pour changer les fûts. Question égalité des sexes, on avait un peu de mal avec la répartition des tâches.

Je me souviens de Michel me disant que s’il avait été mon père, il aurait été fier de moi.

Je me souviens du petit livret à la couverture verte dans lequel se trouvent les poèmes de Jiri Wolf que j’ai peut-être encore quelque part chez moi.

Je me souviens qu’il y avait dans la réserve les numéros historiques de Satiricon qui avaient été interdits.

Je me souviens de Ben à l’époque où il était le coloc de Renaud.

Je me souviens de l’espace des premières relâches, réduit à l’entrée avec une immense bâche, à l’idée de Juanito. Il y avait eu un groupe branché au nom composé de lettres incompréhensibles comme U. É ou E.A. ou U.H.E … un truc du genre. Ils avaient paraît-il un bassiste japonais mais je n’ai jamais vu qu’un violoncelliste avec de grosses lunettes.

Je me souviens d’un édito sur l’anorexie qui avait été assez mal compris.

Je me souviens d’avoir beaucoup embrassé Antoine un soir dans un canapé, mais je ne sais plus si on venait de se trouver ou de se retrouver.

Je me souviens de la voix qui avait fait la reprise de la « Margot » de Brassens. Moi j’avais préféré Pierre à Paul ou Jules à Félicien.

Je me souviens de la tension à la fin de l’événement sur Brassens et que ça nous en a gâché le concert d’Alain, un vieux collègue que je n’avais pas vu depuis des années.

Je me souviens d’Equidad Bares qui avait bien compris l’esprit de ce lieu où nous nous retrouvions un dimanche pour partager le pain.

Je me souviens que Stéphane a été lui aussi habitant de la petite maison.

Je me souviens que lorsque j’arrivais assez tôt le lundi, j’allumais toutes les bougies à mettre sur les tables, et c’était souvent le moment solitaire que je préférais de la soirée.

Je me souviens que le vin rouge au bar n’était vraiment pas bon.

Je me souviens que je dansais parfois comme une folle.

Je me souviens d’avoir gratté les murs de la cuisine avant qu’ils soient repeints.

Je me souviens des relâches de l’Amap, de la soirée disco, de poulet au cacao et des cours de salsa.

Je me souviens de Yves, celui qui avait les cheveux longs, et qui a introduit la Garbure à la chapelle. J’étais pourtant déjà végétarienne.

Je me souviens du débat quand on a réintroduit la chaire et tout le temps perdu à conceptualiser l’édito.

Je me souviens de Marie-Fred me mettant Amastan dans les bras.

Je me souviens d’avoir arbitré despotiquement des concours de pétanque sur tapis persan.

Je me souviens du craquage éthylique de Stéphanie en fin de concours de pétanque.

Je me souviens des filles de l’Amap qui cuisinaient des conserves dans le jardin les dimanches d’été : Meli, Caro, Carotte, Minimathilde et quelques autres.

Je me souviens que j’étais en train de tracter en ville lorsqu’on a appris qu’Habitat et Humanisme laissait tomber l’affaire. Je suis revenue en vitesse et on a bu du champagne.

Je me souviens d’Hoffner invoquant Jeanne Moreau en live en Tokyo.

Je me souviens qu’après sa livraison parfois Suzy me récupérait et on partait cueillir des mûres dans les ronciers près de chez elle.

Je me souviens de repas estivaux avec le sieur Lerouge et consorts. C’était lundi, on prenait son panier, on allait faire deux trois courses au Casino et on revenait dans le jardin pour picoler.

Je me souviens d’Emile, le paysan de l’Amap qui avait un tic sur un oeil, et de sa mère qui m’avait donné sa recette du Kefir.

Je me souviens d’une dame très digne qui nous avait raconté ses années de jeunesse aux côtés des militants d’Action directe.

Je me souviens d’un drôle de grand gars à lunettes qui m’avait provoqué un électrochoc saisissant un soir en commandant au bar où je servais. Un éclair, puis la nuit… Je crois qu’il s’appelait Jérôme et que je ne saurais pas le reconnaître aujourd’hui.

Je me souviens qu’un soir dans le jardin, on était trois et on a improvisé : une guitare, une percu et j’ai chanté. Je n’ai jamais su comment ces gens s’appelaient.

Je me souviens de Mélissa enceinte dans une robe verte.

Je me souviens que je me tenais, assise, à l’entrée de la chapelle, un soir où les Roms sont arrivés, et beaucoup de femmes m’ont serré la main en passant.

Je me souviens qu’on reprochait toujours aux Fourmis de laisser traîner partout leur bordel quand ils fabriquaient leurs décors et leurs masques.

Je me souviens de la relâche où, chapeau noir sur la tête, j’ai provoqué le public jusqu’à l’insulte.

Je me souviens avoir gardé un œil en loge sur Victor qui dormait alors que Nathalie était sur scène.

Je me souviens d’avoir relu des passages de Narcisse et Golmund de Hesse dans le jardin parce que Thomas le lisait. Il y avait des inconditionnels du Jeu des perles de verre que je n’ai jamais lu.

Je me souviens d’un libanais m’expliquant ce que c’était que Dieu pour lui. Je n’y ai rien compris mais je crois bien quand même l’avoir embrassé.

Je me souviens d’avoir lu un soir de scène ouverte un texte de Guyotat.

Je me souviens de Marie-Christine Etelin arrivant pour un baratin en ayant oublié toutes ses notes. Et la façon dont elle a rappelé avoir accompagné Puig Antich au garot.

Je me souviens qu’il y a eu un moment où c’est devenu pour moi trop violent.

Je me souviens quand je suis montée en chaire après la mort d’Eric.

Je me souviens que le Hangar et l’AAEL avaient organisé un salon du livre Anarphabète à la Chapelle au moment où le salon du livre officiel se tenait au centre des congrès. J’avais une jupe orange et grise. Un ami qui signait chez les officiels était quand même passé nous voir.

Je me souviens qu’on pouvait prendre des notes sur de grandes feuilles A3 lors des premiers baratins.

Je me souviens qu’on se plaignait qu’il y avait trop de consommateurs aux Relâches, qu’on devenait un repaire de bobos et qu’on perdait la dimension politique du projet.

Je me souviens d’avoir rangé le bureau et rentré des chiffres pour une comptabilité fantôme un nombre incalculable de fois.

Je me souviens de l’époque où on a commencé à parler du groupe des relâcheurs.

Je me souviens d’un blond aux yeux clairs que j’ ai rencontré un soir de relâche et qui a été mon compagnon quelques temps.

Je me souviens de la venue du calatan Enric Duran : ça me faisait sourire parce que mon grand-père s’appelait Henri Durand.

Je me souviens quand j’ai vu Georges B en vrai. On était en pleine réunion dans les loges, on ne savait pas qu’il viendrait, on a tous rappliqué dans la petite maison.

On était très excités.

Je me souviens d’une dérive intimiste avec Jacques et Juanito. En mangeant des bonbons, j’ai ainsi appris qu’il y avait eu des JO à Barcelone en 36 au début de la guerre.

Je me souviens de l’accordéon de Rita pour un grand bal de dimanche après-midi.

Je me souviens que j’ai passé mon panier d’Amap à Yann et Elise.

Finalement beaucoup de visages et peu de mots sont restés. La sève de l’expérience, ce sont les gens, leur saveur et leur gueule. Dans ma mémoire il y a des émotions, du savoir-faire, des déchirures, des amours et un peu d’orgueil d’avoir fait parti de l’aventure. Avec nos rêves et nos médiocrités. Juste pour que ça ait continué. Nous n’étions pas les premiers et nous n’avons pas été les derniers : c’est ma seule fierté.


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Je me souviens, au début :

pour moi, c’était il y a quinze ans, avant j’étais pas né.

J’étais pas à Toulouse.

Procès des insoumis, quelques antinucléaires qui s’étaient enchaînés sur quelque centrale – quelques gauchistes, encore... Alors on est quelques-uns, assis là, en soutien.

Je suis né deux ou trois fois ce jour-là : j’ai chanté la révolte joyeuse voire rigolarde qui nous animait ; j’ai parlé pour la première fois au premier grand amour de la vie qui suivait ; et j’ai rencontré un type qui m’a dit qu’il y avait un bel endroit squatté et autogéré où il aimerait bien que je vienne chanter mes bêtises. Pis lui les siennes et quelques belles interprétations de Ferré. Et voilà le début, Marc Lefebvre, Les Faux Bijoux, puis les rencontres suivantes, ce garçon, ce beau bénévole, qui se demandait, qui savait pas, jusqu’à ce qu’il sache et moi avec, les amis qui viennent, les essais avec les musiciens, seul, les concerts, les manifs....

Je me souviens,

ensuite :

J’ai vu Yann tout nu dans la prison de Reading se rouler dans la beau au milieu de la chapelle ! Si ! Je l’ai vu !

Je me souviens,

enfin :

La dernière fois (en date, pas la dernière !), c’était Brassens et c’était bien.

Ici on chante, on parle, on mange et boit, on s’engueule, c’est dans les gênes des gauchistes on dirait, et surtout, surtout :

on continue !

Alors je me souviens et j’ai envie de tout embrasser :

Marc, Nathalie, le joli bénévole indécis, Gelda Philippe le grand, le petit cul de Yann il y a 10 ans (mais si ça se trouve il est encore très bien), les complices de Brassensseries et d’autres expériences, tout, tous.

Et surtout : ON CONTINUE !


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Je me souviens,

Je me souviens un peu en vrac dans le désordre mais je me souviens

Je me souviens d’être venu ici pour la première fouis invité par Agnès et Pierre.

Je me souviens de Gelsomina, le spectacle de Catherine Vaniscotte. Les spectateurs étaient sur scène et Catherine jouait et chantait sur la totalité de l’espace réservé au public.

Je me souviens d’avoir chanté ici mes toutes premières chansons accompagné au piano par Philippe Yvron.

Je me souviens de la Lune de Ferré chantée par Les Faux bijoux.
Je me souviens de soirées festives, d’un accueil toujours chaleureux et humain. Je me souviens de concert avec les vilaines filles et les mauvais garçons et quatre chanteurs amateurs de Voix express. Je me souviens des voix qui se mélangeaient à celles d’autres artistes et du public aussi.

Je me souviens de la chapelle lieu de rencontre

je me souviens que c’est ici que j’ai croisé Didier Dulieux, Bruno Wagner, Philippe Gelda et je me souviens que j’ai par la suite travaillé et tracé un bout de chemin avec ces trois là.

je me souviens du bonheur de mes retrouvailles avec la chapelle en juin dernier, heureux de contribuer à faire vibrer les notes de Leprest en ce lieu.

Je me souviens déjà des 20 ans de la Chapelle


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Je me souviens... que c’est à la Chapelle que j’ai confié mon coeur à S., moi qui ne croyais plus à l’amour.

Je me souviens... que j’ai - enfin - aimé le Dimanche après-midi, moi la traumatisée de tous ces interminables après-midi dominicaux de mon enfance à me faire Ch*** chez ma Grand-Mère...


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Je me souviens d’un film : « l’Evangile selon saint Mathieu » de Pasolini. Je me souviens de blancs, de gris, de voiles et de poussières à l’écran et dans la salle. Quelqu’un d’autre s’est souvenu que c’était un lundi de Pâques, au tout début de La Chapelle. J’y ai rencontré Isabelle, une fille que j’allais retrouver à Rome. Elle fabriquait des coupoles mouvantes en toile de parachute.

Je me souviens du concert de Prisca, de ma fille endormie sur un des canapés et de mon fils de trois ans collé à la scène, tout heureux d’avoir appris la formule magique : « une autre, une autre ! ».

Je ne me souviens plus du premier dimanche où j’ai donné un coup de main mais je me souviens de Yves qui m’a gentiment poussée vers la première réunion Relâche.

Je me souviens du profil aiguisé de Marc et de ses cigarettes de dandy.
Je me souviens aussi de sa tête quand Bruno l’appelait « Patron ».

Je me souviens de mon émerveillement devant l’arbre à Brassens avec ses pinces-textes et de la vision du banquet final avec ses grandes tablées et sa garbure préparée dans la nuit. De Georges B et des Brassens Not Dead aussi.

Je me souviens d’un édito de Lucie B en chaire dans le jardin. Bruno était subjugué, Yann aussi, mais il souffrait pour sa pelouse.

Je me souviens d’un édito de Mignard sur l’Affabuloscope du mas d’Azil. Le mois suivant je suis allée voir les machines à peser-les-mots, les auto-aliénateurs et les sèches-larmes de cet inventeur fou. Faudra que ce gars vienne un jour exposer à La Chapelle.

Je me souviens comment on dit « vin rouge » en langue des signes. Vin blanc, j’ai oublié.

Je me souviens d’ailleurs que le vin de La Chapelle est dégueulasse et qu’il faudrait vraiment trouver un petit producteur pas cher pour la prochaine saison.

Je me souviens de Don Pasta en chaire sous sa chapka (il avait froid ?) qui nous parlait de sa grand-mère, des aubergines et de l’huile d’olive.

Je me souviens autant des délicieux repas de Samantha que de sa façon d’en parler.

Je me souviens que j’ai peur, quand j’en vois un monter à la grande échelle, quand je dois prendre la parole en public.

Je me souviens de Nathalie déguisée en Mort qui déambulait quasi à l’aveugle dans la salle (elle avait pas ses lentilles) avec une faux protégée d’un bouchon.

Je me souviens des Roms attablés à La Chapelle acclamant l’édito d’Yves Simoneau.

Je me souviens d’avoir été débordée par leur joie débordante, d’avoir dansé et roulé plus de 700 sarmalets avec les femmes de la Flambère.

Je me souviens que les Relâcheurs en ont marre en fin de saison et que la plupart oublieront.

Je me souviens qu’on est toujours pas assez :

Nombreux /Motivés/Rigoureux/Autonomes/Sobres

De sexe féminin

Et que la charte de La Relâche fait encore partie d’une histoire non écrite.


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Je me souviens de la Chapelle au toit crevé

Je me souviens d’y avoir eu chaud quand il faisait froid

Je me souviens de vos regards

Je me souviens m’être dit demain

Je me souviens de Cervantès , des Georges B. , d’Allain ,

Je me souviens me dire que c’est ici et nul part ailleurs

Je me souviens avoir croisé et senti mille souffles créateurs

Je me souviens avoir ri et pleuré, être revenu à l’enfance et avoir grandi, m’être nourri de vos idées et d’avoir bu vos paroles

Je me souviens de la gaieté, de la fraternité

Et aujourd’hui, je n’ai plus besoin de me souvenir parce que c’est encore vivant grâce à vous, c’est encore maintenant


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Je me souviens m’être mariée deux fois, un mari à chaque bras et avoir aimé ça. Dans la nuit de Lucette Omnibus, un prêtre sorti de la voûte enfumée, un lit de fer, des poissons rouges : c’était l’âge des possibles, des aveux, des promesses et des désillusions soudaines.


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Je me souviens

Je me souviens de cette Relâche de Février : les repas ce jour-là, réchauffaient difficilement l’assemblée tout comme les parasols chauffants. Et, dans une atmosphère rarement silencieuse, une voix résonnait et racontait des histoires… dans l’Histoire. Cette voix vibrait et ramenait le public à l’époque (des Poilus et) de cette grande guerre. Le lecteur sous un fort rayon bleuté accompagné de teintes rougeâtres parcourait des lettres envoyées aux Poilus, pleines d’espoir ou de crainte que l’on pouvait voir resurgir sur les visages des personnes les plus proches de lui. Yann était le centre de notre attention, clôturant une soirée faste en poèmes divertissants ou émouvants.

Je me souviens de ce beau dimanche de printemps où les relâcheurs étaient venus nombreux à la préparation d’une Relâche. Nous avions sortis les tables dehors pour l’épluchage des légumes et ouverts en grand les portes de la Chapelle pour la faire sécher après un coup de serpillère. Ce jour-là, après avoir effectué toutes nos tâches et profitant d’un goûter simple, nous étions tous posés autour des tables, dehors, nonchalamment, et parlions tranquillement de tout, de rien, de la précédente Relâche, de celle à venir, de la soirée la veille, en regardant le soleil nous éclairer par-delà la rue de la paix… Ah, qu’il fait bon être à la Chapelle un beau dimanche de printemps !

Je me souviens de la première fois où j’ai entendu résonner La Chapelle au Clair de Lune de Léo Marjane en pleine Relâche. Ce jour-là, Marco, notre Disc Jockey déjanté avait trouvé sa dernière pépite. Depuis, à chaque fois qu’il passe et comme un hymne, on entend cette musique…

Je me souviendrai de ces 20 ans de la Chapelle…


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Je me souviens de notre belle ville habitée, de la Dalbade et ses CRS, des pommes qu’on leur balançait à la poire en gueulant “manger des pommes” slogan de Chirac. Et oui c’était le début de la Chiraquie avec ses “essais nucléaires pour Océan Pacifique”, le Pasqua à l’intérieur qui délogeait des squatteurs.

Je m’en souviens des casques et boucliers qui brillaient dans la cour au p’tit matin et des milliers de personnes mobilisés, la planète était déjà en danger...

Je me souviens que je voulais partir dans l’humanitaire et que les copains objecteurs du cides me parlaient du Rwanda... Je me souviens que je me suis dégonflée pour aller gonfler les rangs de la LCR via le DAL, je me souviens d’une mandale dans ma tête...

Je me souviens des familles, des Gayot et Schwartzenberg, je me souviens des drapeaux qui collent toujours à la peau des humains, je me souviens que j’étais petit soldat.

Je me souviens que j’ai finit par me rebeller, par occuper les 2000m2 de bureau de la Cram... je me souviens que c’était noël et que j’ai pleuré...

Je me souviens de quelques soirées à la chapelle, de l’occupation de la préfecture et des poubelles en feu, de Matabiau en concert et des syndicalistes en action, je me souviens des gros rouleaux de papiers JOB et du son Dub de la Torpille.....

La planète elle, elle est toujours en danger !!!!


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Je me souviens de tant de moments dans ce lieu. Si je pouvais, je déroulerais mes souvenirs comme sur une nappe de pique-nique, j’y poserais les croustillants, les savoureux, les trucs trop cuit, les chatoyants fumants, les délicieux sucrés et le frémissement des ombres et des taches de lumière à travers les feuillages… ne sachant cuisiner la mémoire, pour rendre la saveur du tableau intérieur, je me retrouve face à une tâche délicate !

Imaginons que l’on utilise le conditionnel des fonds de jardin, muni d’un vieux seau en guise de casserole, d’un bâton pour cuillère et de quelques ingrédients de première main pour préparer la merveilleuse Soupe à tout des Souvenirs.

On mettrait alors entre quelques rires espiègles, un peu de terre, des touffes d’herbes et de fumée, quelques brins de…

Je me souviens d’une audition de théâtre à La Chapelle, où présentant mon profil pour gagner les faveurs de mon auditoire, je m’épluchais les poils de jambes sans y penser, tout en parlant, l’air détendu, en présentant mes motivations pour incarner le rôle féminin de Lola dans Negras Tormentas… Je me souviens des regards désolés et des affres de mes interlocuteurs à la fois anti-hippie et pro-épilation, de leur déroute qui les a finalement conduit à me choisir, galvanisés par cet acte absurde et saisissant… Je me souviens de l’élaboration de ce spectacle qui illumina ma vie d’une histoire d’amitié comme on en connait peu… Je me souviens de Ceux qui ne marchent pas sur les fourmis… Je me
souviens du savant mélange d’inspiration, de travail appliqué, de négociation tonitruantes, d’éclats de rires, de recherche, d’incertitude et de création… Je me souviens que La Chapelle était notre terrain de jeu, celui du théâtre et du masque,
celui de nos émotions, celui de notre quotidien de compagnie…
Je me souviens des pluies sur les toits de La Chapelle, des odeurs de terre mouillée, des coups de froid l’hiver, des coups de chaud l’été, des coups de vent qu’elle laisse entrer
- pas étonnant- comme si elle les aspirait, toute généreuse et imposante qu’elle est…

Je me souviens des silences d’après spectacle : ces toutes petites interstices comme une aspiration entre le temps du théâtre et les applaudissements, passerelle de retour à la vie…

Je me souviens comme elle les garde bien ces silences, La Chapelle, on dirait presque qu’ils résonnent avec elle… je me souviens des échos de solitudes qu’elle contient, des mots de poésie qui s’y inscrivent, des petits moments qu’elle impose pour qu’on lui donne du temps et des sentiments cette Chapelle que je ne saurai oublier.

Vous demandez des souvenirs personnels...

Le vendredi 17 mars 1995 à 20 h 30 : Réunion de préparation à La Chapelle de La Ville Habitée un coup médiatique se prépare, un squatt d’envergure....

Et là, les petits copains me demandent "d’animer" cette réunion de préparation à l’action... (tout cela parce que je ne connaissais pas le lieu de notre intervention le lendemain). Plus de 200 personnes sont réunies. Expliciter le projet sans en connaître le lieu, expliquer le mode opératoire, inventorier toutes les possibilités, calmer les appréhensions..
Etc... La galère !... Seul un lieu précis de rendez-vous et une heure seront donnés (dans le plus grand secret...).

Le lendemain, tout le monde est là au rendez-vous public et même beaucoup plus, et nous partons à l’aventure... Un tout petit kilomètre de marche dans la vieille ville de Toulouse et au final nous entrons dans l’Hôtel des Chevaliers de St-Jean de Jérusalem, (Chevalier de Malte 1668 ­ 1680 + de 10 000 m2), rue de la Dalbade. Nos petits camarades prévoyants avaient réussit à ouvrir les portes avant notre arrivée.

Une prise de la Bastille dans le calme, et là, le miracle tout le monde dans l’euphorie d’une victoire paisible, hébété, visite, admire un magnifique hôtel classé et totalement laissé à l’abandon. Une impression de bonheur, de beauté devant ces briques, cette salle capitulaire... les assaillants déambulent, se promènent dans le silence et le respect des lieux, un moment de grâce....ensuite, nous nettoyons, les sans abris s’installent....

Bien sûr le lendemain dimanche à la fine fleur de l’aube, 400 CRS viendront nous expulser de l’Hôtel ré-Habité à leur façon très musclée...

Merci à Planète / la Ville Habitée qui a fait redécouvrir ce lieu
aujourd’hui réinvestit par la "Direction Régionale des Affaires Culturelle de Midi-Pyrénées". Mais le problème du logement demeure toujours depuis 18 ans... malheureusement... mais aujourd’hui nous avons presque le droit de "squatter"...

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(mai 2013) ... à suivre ...