Communiqué de presse
LA CHAPELLE A 20 ANS !

Communiqué de presse

La Chapelle a 20 ans !

Occupé depuis juillet 1993, ce lieu d’expérimentation sociale politique et culturelle interroge le monde tel qu’il ne va pas et propose une alternative concrète, ici et maintenant.

Pour fêter ces vingt années d’occupation, qui font de la chapelle le plus vieux squat de Toulouse et un des plus vieux squat politiques de France, rendez-vous du 13 au 26 mai 2013 pour une série de rencontres, apéros concerts, débat, cabaret...

Quinze jours où artistes, militants, collectifs, intellectuels se partageront l’affiche pour célébrer vingt années de luttes, d’engagement bénévole et militant, vingt ans d’histoire.

La Chapelle, une histoire — 1993 / 2013

Bientôt 20 ans que la chapelle Jeanne d’arc est habitée par l’envie que se côtoient les différences. Tant de projets ont vus le jour en ces murs que l’on finit par oublier l’inconfort, l’aléatoire et la précarité de cette occupation, toujours illégale.

Le début d’une expérience alternative : L’Atelier Idéal

Le 4 juillet 1993, l’association Planète en Danger investit la chapelle sainte Jeanne d’Arc, 36 rue Danielle Casanova, à l’issue d’une action de rue pour dénoncer la mainmise de la promotion immobilière sur l’aménagement de la ville.

L’association diocésaine, propriétaire du lieu ne l’entretient plus. Peu à peu, tout se dégrade et le squat sauvage s’y installe. Habité par plusieurs clochards du quartier, l’un d’entre eux y est mort quelques mois auparavant.

Jiri Volf, poète tchèque, réfugié à Toulouse depuis le début des années 70, qui a notamment enseigné à l’université de Toulouse-le-Mirail, avait sombré au fil des ans dans une désespérance solitaire. Il meurt en février 93 dans cette chapelle désertée qui était son refuge et une partie de son inspiration.

L’équipe de Planète en Danger passe l’été 93 à refaire le toit, nettoyer le jardin, déblayer les détritus, évacuer les gravas… et retrouve au milieu de tout cela des cahiers, pas mal de cahiers : les poèmes de Jiri Volf. Les membres de Planète en Danger enthousiasmés à la lecture de ces écrits cherchent à en savoir plus sur son auteur et découvrent que Jiri Volf était connu de beaucoup de monde dans la ville.

La première manifestation organisée à la Chapelle sera un hommage à son dernier occupant : « une chapelle un poète » auquel participent nombre de ceux qui l’ont connu et aidé : Serge Pey, René Gouzenne, Bruno Ruiz, Jacqueline Weil… Cette exposition durera du 15 octobre au 12 novembre 1993.

Jiri Volf avait écrit que la chapelle était « l’atelier idéal ». L’expression restera. Des adhérents de Planète en Danger et d’autres créent une nouvelle association dont l’unique but sera de s’occuper de la chapelle. Dans la logique de l’attention, du soin et du respect de la mémoire de cet espace, ils l’appellent L’Atelier Idéal.

Le projet de l’Atelier Idéal Avec les seules ressources de son imaginaire et l’énergie de ses membres utopistes, l’Atelier Idéal anime, gère, entretient, embellit et sécurise l’endroit. L’association ne reçoit aucune subvention. Son activité et les cotisations de ses membres sont ses seules ressources. Le but de l’Atelier Idéal est de faire de cet îlot un refuge de création et de confrontation pour celles et ceux qui refusent le monde tel qu’il ne va pas, opposant la poésie à la marchandise à la recherche d’une ville à vivre et non à consommer.

Le domaine d’intervention privilégié de l’Atelier Idéal est l’expression de la critique de tous les mécanismes d’aliénation collective et individuelle, de tous les mécanismes qui tendent à confondre accès à la citoyenneté et accès à la consommation. Au service d’un enrichissement de l’imaginaire collectif, l’association concentre son activité sur la gestion et l’animation d’un lieu vécu comme un outil de l’expérimentation sociale.

20 ans d’événements et d’actions militantes

En vingt ans, l’expression de cette critique y a pris bien des formes. Pour mémoire, il faut citer quelques événements qui ont marqué ou accompagné, à leur échelle, l’histoire de la ville : accueil du collectif de photographes Lucette Omnibus 1994, initiation et participation au collectif La Ville habitée (plus de 30 associations, un millier de personnes, investissent l’hôtel Saint Jean à la Dalbade, future DRAC), fête de soutien au lancement du journal Satiricon, au comité Chiapas en 1995, hommage à Pier Paolo Pasolini (1996), journées sur les Balkans , contre l’enfermement , contre le nucléaire, sur la marginalité (création du collectif sdf créateur d’habitat), projection du film la commune de Peter Watkins (2001), organisation de la nuit des survivant-e-s au lendemain de l’explosion d’AZF (2001), accueil du collectif Plus jamais ça (2002), Cabarets du monde et hommage à Léo Ferré pour les 10 ans du lieu (2003), lecture intégrale de Don Quichotte (2005), mise à l’honneur l’Espagne de 36 (2006), Gare aux géants ! veille poétique et militante pour défendre le lieu contre l’associtaion Habitat et humanisme (2007), Intégrale Brassens (2010), Procès citoyen du nucléaire, première journées d’études du réseau sortir du nucléaire (2011), rencontres sur et avec les roms (Tous les chemins mènent aux roms 1 et 2) 2011-2012...

La Relâche

En 2004, l’association fait le pari d’ouvrir le lieu chaque semaine, pour une soirée autogérée par les utilisateurs eux-mêmes... Baptisée La Relâche, ce rendez-vous s’affirme peu à peu comme un espace de rencontre où le public n’est pas accueilli comme un consommateur potentiel mais où il peut devenir acteur de la soirée. Chacun y trouve ce qu’il apporte, des amis, des idées, des discussions, des lectures. Petit à petit, un groupe autonome se constitue pour gérer cette soirée et propose depuis bientôt 10 ans concerts, conférences, projections, prises de paroles militantes, soirées débats, pour un public réunissant tout un chacun, gens de passage, voisins, militants, sdf, étudiants, bobos, retraités...

L’AMAP Casanova – Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne

En 2004 toujours, La Chapelle accueille une des premières AMAP de la région midi pyrénées. Les producteurs christophe henry, émile pautou, michel et béatrice mathieu partageront tour à tour leur récolte avec un nombre d’adhérents toujours croissant. Un AMAP fruit vient rapidement s’ajouter à cette expérience où des citoyens deviennent acteurs du devenir de l’agriculture et de leur alimentation. en renforçant une agriculture paysanne locale de qualité, pour manger bon et sain, au juste prix, aujourd’hui et dans l’avenir, et en créant un partenariat innovant avec des fermes pratiquant une agriculture écologique respectueuse de l’environnement, sans OGM, sans engrais chimiques ni pesticides de synthèse, en favorisant les relations entre citadins et paysans pour une économie solidaire entre la ville et la campagne.

Les Baratins

En 2010 L’Atelier idéal met en place ses conférences-baratins, le premier jeudi de chaque mois. Loin d’un cours magistral unilatéral, ces soirées ont pour but de susciter un échange dont la seule ambition est d’interroger le monde tel qu’il ne va pas. La Chapelle a ainsi accueilli Odile Barral du Syndicat National de la Magistrature au sujet de la Loppsi 2, Alain Refalo et dominqiue Liot sur la désobéissance civile, Eric Bogaert du collectif Mais c’est un homme ! sur la psychiatrisation ; le sociologue Jean Mantovani, pour questionner ce que signifient « habiter », « collectif », ou « autonomie » à travers une « histoire de la Rue toulousaine » ou l’anthropologue Emmanuelle Stitou sur le thème « histoire des roms et enjeux d’aujourd’hui... »

20 ans de rencontres Depuis 1993 la Chapelle s’est ouverte à nombre de passants, rêveurs, curieux, acteurs, musiciens, danseurs, groupes, compagnies, collectifs, associations. Une vie riche et variée s’est organisée avec des expositions, des conférences, des spectacles, des concerts, des assemblées générales, des répétitions, des projections, des bals...

Charlie Bauer, Enric Duran, Maurice Rajsfus, les Indignés, le réseau Sortir du nucléaire, Louis Sala-Molins, Patrick Mignard, Odile Barral du Syndicat National de la Magistrature, Eric Bogaert du collectif Mais c’est un homme ! sont venus nous faire partager leur vision du monde tel qu’il ne va pas...

Sans oublier Richard Desjardins, Serge Pey, Eric Lareine, Michel Vivoux, Mara Diabaté, Les Faux Bijoux, Didier Labbé Quartet, les Femmouzes T, André Minvielle, Bacchus, Claude Sicre, Nilda Fernandez... la liste est longue de ceux qui sont venus partager des moments d’une grande convivialité, autour de petites tables éclairées de bougies, en accord avec la magie du lieu.

L’hospitalité, le souci de l’accueil constitue une des caractéristiques de l’association pour favoriser les mélanges, les échanges et la rencontre. Il s’agit bien de créer une alternative et non un ghetto alternatif.

20 ans de luttes – vers la légalisation ?

Durant ces 20 ans, l’Atelier idéal défendra régulièrement la chapelle contre les vélléités de spéculation immobilière de l’association Diocésaine / Archevêché de Toulouse. En 2006/2007 l’association engage une longue lutte pour empêcher la récupération du lieu par Habitat et humanisme qui, sous couvert de logements sociaux, souhaitait raser la chapelle et détruire le projet défendu par l’atelier idéal, avec l’appui sous-terrain d’élus municipaux de la majorité précédente. En 2009, l’Archevêché parvient finalement à vendre le lieu mais la Mairie choisi de faire préemption et affiche sa volonté de « préserver l’expérience qui est menée sur le lieu ». L’Atelier Idéal mène aujourd’hui des discussions avec les services municipaux pour obtenir un bail emphytéotique et continuer son expérience autogérée, dégagé de toute menace dues à un propriétaire potentiel.

« Si quelques fous n’avaient pas dit non,

Contre toute évidence,

Depuis que nous roulons sous les saisons,

Nous serions encore dans nos arbres »

Léo Ferré

Association L’Atelier Idéal

05 61 12 37 55

contact@atelierideal.lautre.net