PORTUGAL - la révolution des œillets
du 19 au 24 mai

25 Avril 1974 : la Révolution des œillets vient mettre un terme à un demi siècle de dictature. Les Portugais se saisissent de cet espace de liberté pour inventer une autre façon d’être au monde, une autre façon d’être à l’autre. Autogestion, coopératives, occupations… Un an et demi d’expériences uniques aujourd’hui tombées dans l’oubli. Des films documentaires de l’époque témoignent et montrent les manipulations d’un pouvoir démocratique qui a détruit cet élan révolutionnaire.

PROJECTION : Scenes from the struggle class in Portugal de Robert Kramer

RENCONTRE : Jorge Valadas

Jorge Valadas, déserteur de l’armée coloniale portugaise, il s’est refugié à Paris où il vit depuis 1967. Militant libertaire, il témoigne d’une vision libertaire et décalée de le Révolution des oeillets. Un regard neuf.

Scenes from the struggle class in Portugal de Robert Kramer (États-Unis, 1977, 90min, VOSTF)

A la manière d’un essai, Robert Kramer propose une analyse linéaire exigeante des événements au Portugal après le renversement du fascisme en 1974, et jusqu’en 1976. Le centre d’attention principal est le Mouvement pour le pouvoir populaire, et une tentative de comprendre ce qu’étaient les potentialités politiques réelles. Le montage violemment fragmenté d’images est en interaction avec le texte analytique détaché, imperturbable : en ce sens, le conflit entre les deux est le sujet du film : La libération d’énergie stupéfiante, chaotique, viscérale qui suivit le 24 avril 1974, associée à l’analyse rationnelle et à l’effort d’esprits politiques conscients en vue de comprendre, de former et de diriger cette libération.

(Robert Kramer. For the Italian Catalogue, 3 November 1980, Paris)

PROJECTION : Court métrage de la TV Belge et 48 de Susana De Sousa Dias

RENCONTRE : Victor Perreira

Victor Perreira est maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Pau, chercheur dans l’équipe Identités, Territoires, Expressions, Mobilités (ITEM) depuis septembre 2010. Il a remporté le prix spécial de la revue Análise Social (prestigieuse et ancienne revue de sciences sociales au Portugal) pour son article qui défend l’idée que la forte émigration portugaise qui s’est dirigée vers la France de 1957 à 1974 a contribué à l’émergence de politiques sociales lors des dernières années de la dictature de l’Estado Novo.

Durant cette soirée, Victor Perreira fera un rappel du contexte historique du Portugal sous le régime de Salazar et présentera les impacts de la révolution notamment sur les intellectuels Européens.

48 de Susana De Sousa Dias (2009, 83 min, VOSTFR)

48 ? Les 48 ans de la dictature de Salazar sur le Portugal et ses colonies. Sur fond de photos anthropométriques de la PIDE, la redoutée police politique du régime, des opposants se souviennent. D’un côté l’histoire cachée de ces photos, de l’autre le face à face du bourreau et de sa victime fixé pour l’éternité. La plupart de ces photos sont neutres, inexpressives. Elles parlent surtout de ce qui ne se voit pas - des bourreaux, de leur fantasme de maîtrise absolue, d’anéantissement de l’autre. Derrière ces images monochromes et monotones, tristes et inertes, des voix, celles de ces mêmes personnes photographiées hier par la PIDE et qui se souviennent aujourd’hui, devant nous avec leurs mots, leurs peurs, leurs cicatrices, de leur arrestation, des sévices, des tortures, des humiliations, de la prison. Parfois, les photos manquent. Les fichiers ont été détruits ou perdus. À leur place, des plans immobiles, nocturnes, d’arbres, de clôtures. Ce vide est pire que les clichés anthropométriques. Les portraits témoignent encore d’une présence, d’un passage. Les paysages renvoient à une disparition absolue, sans traces, sans témoins. Derrière les voix, l’ombre des fantômes. Et puis dans cette grisaille sans fin, cette répétition terrifiante, un trou, un éclair. L’exception, l’inimaginable : le rire franc, provocant, d’une jeune fille, cette force et cette inconscience merveilleuse de la jeunesse qui sait que la vie lui appartient, que nul ne peut la lui prendre, un sourire radieux, éblouissant, dont on devine combien il a laissé désarmé l’homme en face, puisque le cliché, si peu dans les normes policières, a été gardé.

(Yann Lardeau)

PROJECTION : Continuer à vivre, Les Indiens de Meia praia, d’Antonio Cunha Telles

CONCERT : Jean-Pierre Santos (Fado)

Continuer à vivre, Les Indiens de Meia praia d’Antonio Cunha Telles (1976, 100 min, VOSTFR)

En 1974, la plage de Lagos est occupée par un bidonville. Toute une population de pêcheurs pauvres est venue se réfugier là, pour y vivre. Des pêcheurs qui nourrissent la région et engraissent les grossistes des halles de Lagos. Ils sont Angolais, Algériens, Marocains, Portugais, Tunisiens. Ils ont bâti un village de tôles et de cartons que la dictature de Salazar tolère parce qu’ils font vivre la région et par leur pêche, enrichissent la ville.

Mais en 1974, la dictature est renversée. Un architecte militant, José Veloso, décide alors que la Révolution doit mettre fin au scandale du bidonville des pêcheurs de Lagos. Il va à leur rencontre pour proposer son aide, habité par un rêve fou : construire en dur sur la plage, un quartier dont ils seraient propriétaires. Les pêcheurs sont pauvres. Très pauvres. Ils n’ont pas un centime devant eux, le terrain ne leur appartient pas, et pourtant, ce rêve va se réaliser.

CONCERT :

Jean-Pierre Santos, de sa voix chaude et grave, accompagné d’une simple guitare, il nous propose un récital de fado de rue pour nous faire vivre les joies et les peines, en un mot, la "Saudade" de cet art populaire Lusitanien.

  • Vendredi 23 mai – 19h30

    PROJECTION : Bon peuple portugais de Rui Simões (1979, 120 min, VOSTFR)

    RENCONTRE : Rui Simões

Bon peuple portugais de Rui Simões (1979, 120 min, VOSTFR)

“Bon peuple portugais est le deuxième long-métrage du réalisateur portugais Rui Simões. Vivant l’exil pour fuir la guerre coloniale, ce cinéaste formé en Belgique a réalisé deux films en réaction à la Révolution des œillets du 25 avril 1974, événement qui l’a fait revenir au Portugal. Le premier Dieu, Patrie, Autorité (1975) est un pamphlet didactique destiné au peuple portugais qui « devait savoir ».
Bon peuple portugais (1979) lui, s’inscrit dans une démarche plus longue, plus douloureuse, plus expérimentale pour proposer un nouveau mode de lecture des événements révolutionnaires déjà avortés. Les deux appartiennent, en marge, à cette période du “Processus révolutionnaire en cours” (PREC) durant laquelle de nombreux cinéastes, amateurs ou professionnels, ont utilisé la caméra pour saisir l’action d’une société à même de choisir un nouveau destin”.

Rui Simões écrit en 1980 : “Dans Bon peuple portugais, il n’y a aucune règle. Bon peuple portugais a une autre articulation interne, moins cartésienne. Il n’a pas une construction préalable. C’est tout un ensemble en constante évolution avec différents tons. Il y a le ton de l’océan, des vagues de l’océan, de l’ondulation. Le film fonctionne par ondulations dans une structure non codifiée, d’une certaine façon expérimentale”.

Bon peuple portugais est décrit par Rui Simões lui-même comme le film de la révolution, parce qu’il s’intéresse à la période révolutionnaire, prise entre les deux dates historiquement cernées : 25 avril 1974 – 25 novembre 1975. Pourtant, et par le simple fait qu’il intègre des images dont la création n’a pas eu lieu entre ces dates, le film se décale, s’ouvre et se déploie littéralement comme par contamination et éblouissement, sur toute l’histoire alentour, que ce soit celle des faits, ou celle des perceptions. Bon peuple portugais est un film-révolution.’’

(Mickaël Robert-Gonçalves)
http://citylightscinema.wordpress.com/

AUBERGE Portugaise de 12h00 à 14h30

Venez partager un repas ensemble et apportant un plat/boisson de votre choix.

PROJECTIONS :

* 15h : Républica, journal du peuple, de Ginette Lavigne

* 16h30 : Nous ouvrières de la Sogantal, de Nadejda Tihou

* 18h : Que ferais-je de cette épée, de J. Cesar Monteiro

* 19h30 : Soirée SPÉCIALE autour de Torre Bela

PROJECTIONS : Torre Bela de Thomas Harlan

et Linha Vermelha (La ligne rouge), de José Filipe Costa

RENCONTRE : Francis Pisani (écrivain, journaliste, documentariste)

et Camillo Mortaga (menbre de la coopérative de Torre Bela)

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- PROJECTION - 15h

Républica : journal du peuple, de Ginette Lavigne (France, 1998, 52 min, VOSTFR)

Portugal, 1975. Depuis un an, la "révolution des Œillets" fait rêver. Au nom du pouvoir populaire, usines, terres et maisons sont occupées.
En mai 1975, c’est un quotidien socialiste, le journal "Republica", qui est occupé par la commission des travailleurs. Cet événement cristallise d’un coup tous les enjeux de la révolution portugaise : la lutte n’est plus entre la droite et la gauche mais entre la gauche révolutionnaire et la gauche parlementaire. Les médias internationaux ne s’y trompent pas : pendant deux mois "l’affaire Republica" fait la une des journaux. Portugal, 1998. Quelques acteurs de cette histoire : administratifs, journalistes, typographes se souviennent.

- PROJECTION – 16h30

Nous ouvrières de la Sogantal, de Nadejda Tihou

(France, 2010, 58 min, VOSTFR)

Portugal, 1974. Peu de temps après le Coup d’Etat du 25 avril, 48 ouvrières de la Sogantal occupent leur usine, exigeant de meilleures conditions de travail. Leur patron, français, prend la fuite. Rapidement, la lutte de la Sogantal devient emblématique de la « période révolutionnaire » portugaise. Trente ans plus tard, c’est une histoire oubliée.

- PROJECTION – 18h

Que ferais-je de cette épée, de J. Cesar Monteiro
(1975, 65 min, VOSTFR)

J. Cesar Monteiro filme des manifestations d’ouvriers (on est juste après la Révolution des Œillets) contre la participation du Portugal à l’OTAN et y insère des plans du Nosferatu de Murnau.

- PROJECTION - 19h30 : Soirée SPÉCIALE autour de l’expérience de Torre Bela

RENCONTRE : Francis Pisani, auteur de Torre Bela, on tous le droit d’avoir une vie (1977)
et Camillo Mortaga (membre de la coopérative de Torre Bela)

Torre Bela, de Thomas Harlan
(1975, 80 min, VOSTFR)

Torre Bela, immense propriété des ducs de Lafões, est occupée par des ouvriers au chômage, au lendemain de la chute de la dictature au Portugal. Le terrain agricole n’étant plus exploité par son riche propriétaire, les ouvriers s’organisent en coopérative pour tenter de cultiver les milliers d’hectares inutilisés. Membre du Comité Révolutionnaire pendant la Révolution des Œillets, Thomas Harlan rend visible dans son film le processus d’occupation de cette grande ferme et l’apparition progressive d’une organisation collective, basée sur le pouvoir populaire. Avec son équipe, le réalisateur suit l’action de ces travailleurs ruraux —une action qui semble transformée et stimulée par la présence de la caméra.

Linha Vermelha (La ligne rouge), de José Filipe Costa
(Portugal, 2011, 100 min, VOSTFR)

Linha Vermelha revient sur l’un des films mythiques tournés au Portugal : Torre Bela de Thomas Harlan (1975). Écrivain et cinéaste militant, fils de Veit Harlan (auteur du Juif Süss), Thomas Harlan a filmé plusieurs mois durant l’occupation de la grande propriété terrienne du Duc de Bragance par les paysans sans terre. Symbole d’une utopie révolutionnaire, cette tentative de créer une communauté alternative, autogérée et égalitaire est née du vent de liberté qui a gagné le Portugal après la Révolution des Œillets, en 1974. Entrecoupé d’extraits du film de 1975, José Filipe Costa interroge les acteurs principaux de cette aventure politique sur la manière dont elle a pu changer le destin de chacun.

Mais Linha Vermelha est aussi une réflexion audacieuse sur le cinéma militant et, d’une manière plus générale, sur le rôle politique du cinéaste engagé. Car le film révèle clairement que Thomas Harlan ne s’est pas contenté de porter témoignage des événements de la Torre Bela, mais qu’il a pris une part active dans l’organisation du mouvement et dans la définition de ses objectifs. Linha Vermelha a en effet le mérite de ne pas refouler des aspects troublants dans l’approche de Harlan qui, à plusieurs reprises, n’a pas hésité à manipuler les paysans pour que leur action corresponde au programme idéologique du cinéaste militant.

Le film met ainsi en lumière l’ambiguïté des rapports entre l’intelligencia et les classes populaires dans le cadre d’un projet révolutionnaire, ce qui n’est pas sans lien avec des événements produits en France à la même époque.
(Ariel Schweitzer - Cahiers du Cinéma)