Ouverte sur le quartier et sur la ville, la chapelle accueille régulièrement des projets portés par d’autres associations ou groupes qui investissent alors le lieu, l’Atelier Idéal étant alors très souvent co-organisateur de ces évènements.

TAUL’ART : ciné-débat
vendredi 27 mars 2015 (19h30)

Projection du documentaire "SUR LES TOITS" de Nicolas Drolc (2013 - 1h30mn).
suivi d’un débat en présence du réalisateur !

Que s’est-il passé dans les prisons françaises entre septembre 1971 et la fin de l’année 1972  ? À la vue des images d’archives, on pourrait d’abord croire à un film de genre, avec des prisonniers sur les toits exhibant des banderoles « On a faim ». Une histoire de mutins qui prennent le pouvoir. Mais à la vision des uniformes des CRS, on se rappelle qu’on est en 1970 dans les prisons françaises d’un autre âge. Toul, Nancy, mais aussi Nîmes connaissent une vague d’émeutes, les prisonniers réclament une hygiène décente, du chauffage et l’amélioration de la cantine mais aussi une justice honorable à l’intérieur des prisons et l’arrêt de la censure des journaux… Les 35 émeutes de 71 et 72 permettent aux prisonniers d’exprimer ces revendications, les mutins montent sur les toits et dialoguent directement avec la foule et les médias. Malgré la « grande presse » railleuse, les revendications sont entendues, grâce entre autres à l’aide du Groupement d’Information sur les Prisons (GIP).

À Michel Foucault qui arrive avec des questions sur le froid ou la faim dans les pénitenciers, les mutins répondent par des questions sur les conditions de travail, la protection juridique des prisonniers, le droit d’information, de sortie et la suppression du casier judiciaire.
Mais la répression est dure, au sortir de 68, sous Pompidou. Outre la suppression des colis de Noël, qui provoque l’extension du mouvement, l’autorité judiciaire désigne 6 mutins responsables.
Maître Henri Leclerc, revient ici sur son rôle dans ce procès exemplaire d’un de ces boucs émissaires tout trouvés. Outre les témoignages des acteurs, mutins et matons, de cette histoire, Nicolas Drolc fait aussi appel au militant anarchiste et ancien détenu Serge Livrozet, qui mériterait également un documentaire à lui tout seul, ou encore au sociologue Daniel Defert.

Face aux traitements inhumains carcéraux, aux revendications des mutins, que peut répondre la justice française ? 40 ans plus tard, il semble que l’enfermement reste un échec de notre société. Même si les conditions de détentions ont évolué depuis les années 70, tout le monde sait que la prison n’est toujours pas un modèle d’humanité... Réalisé par un jeune cinéaste, précairement financé, Sur les toits est un documentaire qui dépoussière cette page méconnue de l’histoire des luttes sociales.

Article du Canard Enchaîné à propos du documentaire SUR LES TOITS

Hiver 2012. Perchés sur les toits, des ouvriers détruisent, à coups de masse, la prisons Charles-III, à Nancy.
En janvier 1972, sur les mêmes toits, des gamins de 18 ans se poussaient du coude, levaient le poing, jetaient des tuiles et rigolaient de leur audace. Dans le même temps, presque tous les détenus de France se mutinaient. Ils protestaient contre la subite suppression des colis de Noël, une punition générale infligée après la prise d’otages sanglante à la centrale de Clairvaux.
Fils d’un reporter photographe qui avait suivi les événements à Toul et Nancy, Nicolas Drolc a découvert les clichés de son père. Il a retrouvé un surveillant et les mutins, des petits voleurs, de cette année-là. L’époque est militante. Dehors, il y a le GIP (le Groupe d’informations sur les prisons), qui n’a pas été fondé par n’importe qui - Michel Foucault, Jean-Marie Domenach, Pierre Vidal-Naquet, Daniel Defert, - lequel, avec des prisonniers, dont Serge Livrozet, organise des manifs, inonde les taules de questionnaires clandestins et soutient la révolte, quand tout pète.
A la télé, l’air sombre, Mougeotte, Elkabbach, PPDA égrènent les dégâts, avant de comprendre la vérité, autrement plus terrifiante que les fameux colis. Les détenus attachés, durant huit à dix jours, par des ceintures de contention vissées, baignant dans leurs excréments. Ne rien manger, être battu, crever de froid, nu, au mitard, fenêtre ouverte... "Là-dedans, c’était la terreur !" témoigne le surveillant. Devant les caméras, des aumôniers, une psychiatre disent que, oui, tout cela, ils le savent, ça s’est passé devant eux.
Au ministère, promesse d’impunité est faite aux rebelles à condition que le calme revienne. Le soir même, ils sont tabassés par des brutes. Et, devant la taule, des militants du GIP leur hurlent, dans un porte-voix, de contacter Henri Leclerc. L’avocat fit de leur procès, celui de l’administration pénitentiaire.
Ce documentaire a entamé un tour de France dans les salles où l’on en débat.

Dominique Simonnot - Le Canard enchaîné (11/06/2014)